Un dimanche, par un beau jour de mai, je me promenais de long en large sur la place Saint-Sulpice, en attendant la messe basse de neuf heures.

Si peu que je fisse attention aux personnes qui passaient près de moi, il m'était impossible de ne pas voir le profond salut que venait de m'adresser un promeneur.

Ai-je besoin de dire que c'était encore mon ouvrier? Sa confortable toilette l'avait transformé!

Précisément parce qu'il me parut disposé à la discrétion, sinon au respect, je l'abordai.

Il avait le sourire fin. Il parlait peu. Ses paroles n'étaient point oiseuses. J'usai les banalités de la conversation sans qu'il y répondit rien que des monosyllabes. Et puis je me tus.

Le brave homme me déclara alors que mon opiniâtreté à descendre du trottoir, pour lui céder la place, l'avait fort surpris, fort intrigué, et qu'en dernier lieu, alors qu'il me supposait irrité enfin par sa bravade tout directe, mon extrême obligeance au sujet du parapluie avait bouleversé son humble raison. Il me supposait un but, un motif. Il cherchait, il ne comprenait pas.

—Comment vous appelle-t-on? lui dis-je.

—Jean.

—C'est un nom favorable. Monsieur Jean, autrefois le trottoir de la rue du Four était pour vous l'instrument d'un orgueilleux despotisme. Chacun se sentait contraint de descendre à votre approche. Depuis que je vous ai prêté mon parapluie...

—Ma foi, monsieur, depuis l'histoire du parapluie, j'agis tout autrement. J'ai eu l'idée de faire comme vous! D'abord je suis descendu pour les femmes et pour les vieillards, petit à petit je suis arrivé à descendre pour tout le monde; et, vous ne le croiriez pas! aujourd'hui, si quelqu'un me prévient, cela me fait de la peine; il me semble que l'on a mauvaise opinion de moi, et que l'on me prend pour un homme d'un très vilain caractère.