Mais pendant qu'Augustin repoussait le ministre de Dieu, on priait pour lui dans les sanctuaires consacrés à Marie, si bien surnommée l'espérance des désespérés: l'heure du triomphe de la grâce ne devait pas tarder à sonner.

Soudain une crise affreuse se déclare, c'est le dernier avertissement du ciel.

Surmontant alors sa douleur, la mère d'Augustin s'approche de son lit et lui dit avec amour: «Mon fils, je t'en supplie, ne diffère pas davantage; si cette crise continue, es-tu sûr d'en supporter l'effort, dans l'état d'épuisement où tu es?» Courageuse mère, pour sauver l'âme de votre enfant, vous avez su triompher des faiblesses du coeur maternel; mais aussi, que votre âme abattue fut consolée quand le pauvre malade, levant vers vous son regard mourant, vous dit: «Je le veux bien, faites venir M. le Curé!»

Celui-ci arriva promptement, fut reçu à bras ouverts, et commença avec le jeune homme un de ces mystérieux entretiens dont le ciel seul connaît le secret et qui réhabilitent les âmes devant Dieu. Quand le prêtre sortit, le malade était calme, une douce joie brillait sur son visage. Augustin, qui depuis trois mois n'avait pour sa mère qu'une froideur glaciale, triste fruit de son esprit aigri et chagrin, l'appela près de son lit et l'embrassa avec tendresse; c'était le témoignage de la réconciliation qu'il venait de cimenter avec Dieu, l'expression filiale de sa conscience tranquillisée.

À partir de ce moment, le plus admirable contraste se fit remarquer dans le jeune malade; on le voyait subir d'heure en heure l'influence de l'action céleste.

Lui adressait-on des paroles de piété? il les recevait avec reconnaissance. Lui faisait-on une lecture édifiante? il l'écoutait avec une douce attention. Les Confessions du grand évêque d'Hippone faisaient, entre tous les autres livres, ses plus chères délices. C'est mon histoire que je lis, disait-il avec un pieux sentiment d'amour de Dieu. Il contemplait avec bonheur la croix de Jésus, cherchant à participer à la vertu qui s'en échappe pour le chrétien supportant sans se plaindre les plus cruelles douleurs. Il fit publiquement ses excuses à tous les membres de sa famille et aux personnes de la maison pour les scandales qu'il avait donnés, et particulièrement au vénérable ecclésiastique dont il avait refusé le ministère quelques mois auparavant.

Sa mort fut des plus édifiantes: le pécheur était devenu un saint.

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