À ses allures un peu militaires on devinait sans peine que ce prêtre avait dû porter l'épée, et l'on écoutait sans surprise l'histoire de ce brave officier de cavalerie, qui vaillamment s'était battu sous le commandement de don Carlos, l'avait suivi, et enfin était entré dans le sacerdoce.

Ce prêtre était l'abbé Capella.

Après être resté quelques années à Saint-Paul-Saint-Louis où il s'était particulièrement attiré l'estime de tous, M. Capella fut appelé à une petite cure des environs de Paris.

Là, il fut vénéré par ses bons et simples paroissiens, presque tous jardiniers; son caractère aimable et sa franchise militaire avaient vaincu tous les préjugés, toutes les antipathies mêmes; le bien que fit là son court passage, est incalculable.

C'était la veille de sa mort; les derniers sacrements venaient de lui être administrés, et il se recueillait dans son action de grâces, offrant au Seigneur ses dernières souffrances et son agonie qui allait commencer. À ce moment une personne entra inopinément et s'approchant de lui:

—Monsieur le Curé, lui dit-elle, un tel, que vous connaissez bien, est très malade; il va mourir; nous sommes bien en peine, car il ne veut recevoir aucun prêtre. Ainsi, quand M. le curé est venu, il lui a tourné le dos et ne veut pas l'entendre.

—Quel malheur! un si brave homme, fit M. Capella avec chagrin. Ah! si moi-même je n'eusse pas été mourant, peut-être ne m'aurait-il pas si mal reçu!

—Ah! vous, Monsieur le Curé, il vous aime et vous vénère trop pour cela! Mais hélas!... Et elle se retira sans achever.

Une pensée sublime vint au saint prêtre; se soulevant sur sa couche et joignant les mains: Mon Dieu, donnez-moi un peu de force! s'écria-t-il. Faisant alors un effort suprême, il endossa une dernière fois ses vêtements ecclésiastiques, puis il dit, d'un ton résolu, aux amis qui l'entouraient:

—Soulevez-moi et portez-moi chez le malade.