Frappés de stupeur, pas un ne bougea. Ils écoutaient cette voix expirante qui avait retrouvé le ton du commandement pour faire une chose impossible, et ils crurent le curé dans le dernier délire. Prenez-moi, répéta-t-il avec une suprême autorité. Une exclamation assourdie sortit de toutes les bouches.

Mais le mourant, dont l'heure de vie s'était réfugiée dans son inébranlable volonté, présenta ses bras tremblants, ses jambes inertes déjà; on lui obéit donc et soutenant avec précaution ce corps qui voulait reprendre la vie pour aller sauver une âme, on le déposa sur une litière.

«Ah! mon Dieu! il va mourir en route!» s'écria l'un des porteurs avec désespoir.

Lui, sans s'inquiéter de ce qui se passait ou se disait autour de sa couche, absorbé dans son héroïque idée fixe, donnait des ordres pour qu'on lui apportât ce qui était nécessaire à l'administration des sacrements. Quand tout fut prêt: «En route, et hâtons-nous,» commanda-t-il.

On se mit en marche vers la maison du malade. Le prêtre ne faisait entendre ni un cri, ni une plainte, ni même un soupir dans ce chemin douloureux dont tout choc était une angoisse, mais il priait avec ferveur.

Le voilà près du lit de cet autre mourant. «Mon ami, lui dit-il d'une voix entrecoupée, nous allons tous les deux paraître devant le bon Dieu. Voulez-vous que nous fassions le voyage ensemble?... Moi, je viens vous aider... et vous apporter les secours de cette dernière heure...»

Un intraduisible cri échappa au malade, et sans pouvoir articuler un mot, il saisit la main de son pasteur et la porta à ses lèvres avec un mouvement d'adoration.

«Mon ami, continua celui-ci, le temps est court...; confiez-vous à moi; vous ne me refuserez pas de vous confesser, n'est-ce pas?»

Le malade, subjugué par cet héroïsme de la foi, fondit en larmes. «Oh! oui, je veux me confesser à vous!» s'écria-t-il.

Un sourire du ciel passa sur les lèvres blanches du pasteur. Il fit un signe, et le vide s'établit autour des deux mourants.