Bientôt après, le ministre de Dieu fit un dernier effort pour élever sa main au-dessus de la tête du pardonné, et les paroles de l'absolution tombèrent comme une rosée sur cette âme ressuscitée. Le prêtre appela; «L'Extrême-Onction!» demanda-t-il. On lui apporta ce qui était nécessaire pour la réception du Sacrement. «Prenez mon bras, et conduisez ma main,» dit-il à son aide. Et l'on conduisit cette main mourante, se traînant refroidie déjà, comme une suprême bénédiction, sur les membres du malade qui semblait se ranimer sous ce froid attouchement et sous les onctions de l'huile sainte.

Quand tout fut achevé, le prêtre pencha sa tête alourdie vers celui qu'il venait d'administrer, et dans un soupir de soulagement, il dit tout bas: «Au revoir, mon ami!... Maintenant, remportez-moi, ajouta-t-il d'une voix éteinte. Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum, in pare!»

Puis sa tête tomba pesante sur sa poitrine; ses bras fatigués se laissèrent pendre; ses yeux se fermèrent: et, pendant cette lugubre route du retour, on aurait cru qu'il n'existait plus, si l'on n'avait vu ses lèvres remuer sous un souffle de prière. Peu après, on le déposa immobile sur son lit. Quelques heures plus tard, il était mort.

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38.—DEUX FOIS SAUVÉ!

Il y a dans notre collège, rapporte un éminent écrivain, retraçant ses souvenirs de jeunesse, un pauvre abandonné qu'on appelle Isaac. Comme son nom l'indique, il est juif. De plus, il est orphelin et sans fortune. La réprobation terrible qui pèse sur sa race, éloigne de lui jusqu'aux moins chrétiens de nos camarades. On le voit toujours dans le coin le plus désert de notre cour, où le poursuivent encore les injures et les railleries d'un âge sans pitié. Cependant il est doux et semble résigné par avance à toutes les amertumes de la vie, dont celles du collège ne sont qu'un avant-goût. Quelquefois la nature l'emporte et le malheureux enfant éclate en sanglots; il se cache le visage entre les mains et pleure des heures entières.

Depuis longtemps je pense à l'aborder. Je voudrais consoler un peu cette précoce affliction, tenir compagnie à cette solitude prématurée; mais je n'ose. Isaac n'est pas sans quelque sauvagerie; ses malheurs et son abandon lui ont inspiré la défiance. Quelques méchants coeurs, comme il en est même au collège, ont encore contribué à augmenter cette défiance, en venant solliciter l'amitié de l'orphelin et en trahissant ensuite, avec tous les secrets confiés, un coeur si désireux d'abord de se communiquer, mais que l'infortune avait rendu susceptible à l'excès et incapable de se livrer deux fois.

L'autre jour, une de ces tristes scènes qui se renouvellent trop souvent, est venue ajouter de nouvelles douleurs à celles de celui que j'aime en secret. Je sortais du parloir au milieu de la plus longue de nos récréations; tout à coup j'entends de grands cris. Je me hâte, j'arrive devant tous nos camarades rassemblés. Ils étaient en grande agitation. «Qu'y a-t-il?—C'est Isaac qui nous a dénoncés,» me répond le plus colère. Et il entame une longue histoire à laquelle chacun veut ajouter son trait. C'était encore une accusation banale et sans fondement. Les preuves abondaient, la haine suggérait les plus détestables hypothèses à ces petites têtes méchantes et enflammées; on accueillait tout, pourvu que tout fût contraire à l'accusé. Tristes juges comme on en voit tant dans un monde qui n'a plus la jeunesse pour excuse!