«Mon premier acte, en sortant du théâtre, a été une première communion. Dieu veuille qu'en sortant de cette vie je sois agenouillée à la sainte table! À Dieu, à Jésus, à Marie, à ces dames, à vous, mon Père, ma vie entière. Maria.»
La jeune actrice eut le courage de rompre complètement avec le théâtre. Après six années d'épreuves et de privations, devenue mère de famille, elle écrivait au P. de Ravignan pour le remercier, et elle ajoutait: «Oh! mon Père, que de misères! que de maladies! Mais Dieu était au fond de mon coeur. Que de joies ignorées! et c'est à vous que je les dois.
«Ah! comme je plains ceux qui ne pensent jamais à Dieu! Dans l'amour qu'il nous donne nous trouvons tout pour nos besoins d'ici-bas. Cette vie de l'âme a des charmes qu'on ignore si complètement dans le monde!
«Priez, mon Révérend Père, pour que mon âme reste toujours attachée à ce Dieu de miséricorde qui a daigné me prendre si bas! Ah! que ma vie passée m'a éclairée sur l'amour de Dieu pour ses créatures! Aussi, je ne veux que ce mot dans mon coeur: Amour pour Jésus dans la joie et la tristesse, amour pour Jésus!» Cette âme séraphique se consuma rapidement dans un douloureux martyre: l'ancienne actrice mourut en prédestinée.
40.—LA ROSE BÉNITE.
Un dimanche vers les trois heures, rapporte un homme du monde, je passais rue de Vaugirard, à Paris. Une pluie torrentielle inondait les rues et faisait chercher un abri aux malheureux piétons. Je regardais machinalement à droite et à gauche, lorsque la petite église des Carmes m'apparut comme lieu de refuge. Arrivé dans la cour, je vois son intérieur tout resplendissant de fleurs et de lumières; une foule immense la remplissait, et c'est à peine si je pus parvenir à me placer sous son portique.
Quelle fête célébrait-on? voilà ce que je demandai à une bonne femme qui, à genoux près de moi, égrenait son chapelet. Elle releva la tête d'un air étonné: «Comment! monsieur, vous ne savez pas? c'est la fête du Saint-Rosaire, et, pour en conserver le souvenir, les révérends pères vont distribuer à tous ceux qui sont dans l'église une rose bénite.» J'ai une passion pour les fleurs et une prédilection toute particulière pour les roses; je voulais profiter de celles que la Providence semait (avec intention peut-être) sur ma route: elles sont si rares, hélas! Je suis le courant qu'un mouvement de chaises opère, et je me trouve transporté je ne sais comment près de la balustrade de l'autel. Le R. P. qui venait de donner la bénédiction, en montait les degrés. Il fit signe qu'il allait parler; je me sentis attiré vers lui par un sentiment que je ne pus définir: son pâle et noble visage inspirait le respect, une joie toute céleste l'animait, et l'immense quantité de bougies qui brûlaient autour du tabernacle lui faisaient comme une auréole lumineuse. Son regard doux et pénétrant se portait avec bonheur sur les nombreux fidèles qui l'entouraient et l'écoutaient. Il fit une allocution simple et touchante, sans phrases préparées ni oratoires; on sentait que c'était le coeur qui débordait avec tous ses trésors, la source qui coulait limpide et transparente pour chacun.