De marier elle est prochaine
Il y a cent causes pourquoy
Je men doubte chose certaine
Veu le train que a l'hostel on maine
Elle en est preste par ma foy
C'est pour ung aultre que pour toy
Combien que les parens d'icelle
L'ung et l'autre lesquelz veuz ay
Ne m'en ont dit je ne sçay quoy
Mais je suis seure qu'on le celle
Et bref la chose sera telle
Et de bien brief je le sçay bien
Car en parlant avec la belle
Je l'ay assés entendu d'elle
Mais ses parens n'en disent rien

Hec tibi que dico/ sapientius accipe posco
Mitte quod esse nequit quere quod esse potest

Ce que present je te raporte
Pren a gré sapientement
Puis que le cas va en tel sorte
Voyse a dieu ne t'en desconforte
En rien/ passé l'ay doulcement
Je te requier tres humblement
Laisse cela qui ne peul estre
Demande cela seulement
Avoir en ton gouvernement
De quoy tu peulx estre le maistre
Et te garde de te enttremettre
De cella ou tu ne peulz rien
Ton honneur n'y sçauroit acroistre
Et si peulz sçavoir et congnoistre
Qu'il ne t'en sçauroit venir bien

Comme pamphille commence a se tourmenter apres ce qu'il a ouy le raport de la faulse vieille qui au loing de sa pensee parloit et le fais soit affin de luy mettre plus fort le feu en la teste qu'il ne avoit.

Heu michi quo fugiunt vires et corporis usus.
Mens mea non servit nec mea lingua michi.

Helas helas voicy piteux rapors
Ou s'en fuyent les forces de mon corps
Et l'usaige ilz en sont jectez hors
Ma pensee plus ne sert de rien
Ne ma langue qui n'a plus de soustien
Car tous les espriz de mon corps sont tous mors

Heu miser in nostris est nulla potentia membris.
Horum quodque suum denegat officium

O miserable que je suys
Que seray je quant je ne puys
Prendre avec celle ma plaisance
Pour qui je seuffre tant d'ennuys
Tous les jours et toutes les nuyz
Et n'en puys avoir allegence
Or sont tous mes membres destruiz
Et de leurs office seduyz
Chascun deneye sa puissance
Il ne reste pour tous les fruyz
De mon labeur que mort a l'huys
Qui me donne le coup de lance

Spes mea me lesit per spem Venus ossibus hesit.
Spes procul abscessit nec tamen ignis abest.

Mon esperance m'a blessé
Venus a hers par esperance
A mes os par ainsi blessé
Ma esperance delaissé
Et est allé mener la dance
Au loing de moy/ nonobstant ce
Le feu dont venus m'a bruslé
Et fait vivre en son asserance
Dure tousjours en abrasance
Et n'est point de moy recullé