S'il est vrai qu'une insurrection politique mérite à tout le moins des circonstances atténuantes, lorsque ceux qui ont eu recours aux armes, y ont été en quelque sorte contraints par d'intolérables souffrances et des dénis de justice persistants, nulle cause n'était plus digne de pardon que celle des Métis.
Jamais griefs n'avaient été plus fondés. Tout le monde l'a reconnu. Mgr Taché et Mgr Grandin l'ont proclamé tour à tour. Le gouvernement lui-même été obligé d'en faire indirectement l'aveu, en accordant aux Métis, après la révolte, ce qu'ils réclamaient vainement depuis hui années.
Des scripts on déjà été remis à plus de deux mille Métis.
Il résulte de ces concession tardives, la preuve évidente que les Métis avaient raison de se plaindre, et la preuve non moins convaincante que, sans l'insurrection ils n'auraient rien obtenu.
Si l'on ajoute à cette démonstration, que les Métis n'ont pas tiré le premier coup de feu; et que des spéculateurs, des aventuriers, des agents subalternes du gouvernement sont véhémentement suspects d'être les véritables instigateurs de l'insurrection, alors l'amnistie ne se présentait plus seulement comme un acte de clémence, mais comme un devoir de justice.
Malheureusement, le gouvernement de Sir John A. Macdonald ne l'entendait point ainsi.
Plus les Métis avaient raison, plus les ministres considéraient qu'il fallait que Riel mourût. Admettre des circonstances atténuantes à l'insurrection, cela équivalait à déclarer les ministres coupables. Coupables! Ils l'étaient et ils le savaient. Mais ils ne voulaient pas qu'on le dit, ni surtout que les électeurs canadiens le crussent. Ils se figurèrent que pour couvrir devant le public l'énormité de leurs fautes passées, il importait d'abord de tuer Riel.
Mais il ne suffisait pas de le tuer; il fallait en même temps travailler à faire le silence sur cette sombre histoire de plus huit années de vexations, de fraudes et d'abandon.
De ce jour, tous les efforts du gouvernement furent consacrés à un double but:
Organiser une comédie judiciaire, dans des conditions telles que Riel ne pût en aucun cas échapper à la corde.