(Signé,) A. D. STEWART.

(Signé,) HUGH RICHARDSON.

Magistrat stipendiaire dans et pour les Territoires du Nord-Ouest.

La liste du jury qui, d'après la parole de sir Hector Langevin, devait «être dressée dans des conditions de haute impartialité», avait été préparée, sous l'oeil du gouvernement, par Richardson, dans des conditions tellement révoltantes que, pour retrouver une pareille dérision de la justice, il faut remonter aux plus honteux souvenirs de la persécution orangiste en Irlande.

Louis Riel aurait eu droit, aux termes de la loi anglaise, à un jury dont la moitié parlant sa langue; mais Richardson n'avait pas même cherché à sauver les apparences, en inscrivant sur sa liste un seul juré métis. Il y avait mis, sans doute par dérision, un juré canadien-français. Mais ce juré ne siégea pas; il fut récusé par l'avocat de la couronne, avec une précipitation tellement inconvenante, qu'avant d'avoir eu le temps de se lever de son siège et de répondre à l'appel de son nom, il n'était déjà plus juré. La résolution du gouvernement était prise; ce n'était pas un jugement qu'on voulait: c'était une condamnation sans phrases.

Dès le début du procès, M. Fitzpatrick et M. Greenshields, avocats de Riel, plaidèrent l'inconstitutionnalité de l'acte de 1880, en vertu duquel le tribunal était constitué, et par conséquent, l'incompétence du tribunal et la nullité de la procédure.

MM. Robinson et Osler répondirent pour la forme, au nom de la couronne; et le juge Richardson, trouvant inutile de se donner l'air de délibérer, donna son opinion en dix secondes.

L'opinion de cette lumière de la magistrature était, que l'acte de 1880 n'a pas été rendu ultra vires; et conséquemment, il enjoignit à Riel de plaider.

Celui-ci déclara alors qu'il plaidait non coupable; et M. Fitzpatrick demanda l'ajournement, pour faire venir des témoins et des documents.

Malheureusement, le procès avait été mené avec une rapidité si imprévue que la défense n'avait pas eu le temps de recueillir des fonds, elle fut obligée de s'adresser à la Couronne pour lui demander de supporter les frais du voyage des témoins; et la Couronne n'y consentit qu'après avoir fait son choix et éliminé tous les témoins, dont la présence eût pu être gênante pour le ministère et donner au débat la tournure politique que le gouvernement tenait avant tout à éviter.