La Couronne considéra comme simplement inconvenante l'offre faite par Gabriel Dumont de venir déposer en faveur de Riel; et elle lui refusa un sauf-conduit, ainsi qu'aux autres réfugiés.
La liste des témoins se restreignit à quelques personnes, citées pour déposer sur l'état mental de Riel; et le mardi 21 juillet, le juge Richardson ajourna le débat au 28.
Sept jours, pour permettre à M. Lemieux de revenir à Québec, de citer des témoins et de les ramener à Regina, après avoir fait un voyage de mille lieues!
C'était à douter si les témoins auraient le temps matériel de faire le voyage.
Précédemment, le juge Richardson avait retenu un accusé en prison préventive pendant quatre ans, en se fondant sur la difficulté de faire venir des témoins!
Mais ce juge extraordinaire n'en était point à démontrer, que la justice du Nord-Ouest sait avoir, quand il est besoin, deux poids et deux mesures, et qu'elle ne confond point les témoins des amis avec ceux des ennemis du gouvernement.
Cependant, dans l'intervalle, le tribunal ne perdit point son temps.
Les orangistes, qui avaient décidé d'obtenir la tête de Riel, avaient décidé en même temps d'obtenir la liberté de Jackson, secrétaire anglais de Riel, un des délégués qui avaient préparé l'insurrection et qui était allés chercher Riel au Montana.
Mais, pour les orangistes, ce qui est crime capital chez un Canadien-français, comme Riel, devient excusable chez un Anglais, comme Jackson; et l'acquittement de Jackson était d'autant plus urgent que le jury de Riel, tout Anglais qu'il fût, manifestait des scrupules; et qu'il importait de se l'attacher par quelque faveur de nature à le faire renoncer à ses velléités s'indépendance.
Wm. Henry Jackson comparut devant la cour, le 25 juillet. Il plaida la folie. Il produisit comme témoins son propre frère et le médecin de la police à cheval. L'avocat de la couronne se prononça en faveur de l'accusé et le jury rendit un verdict de non-culpabilité. Le procès ne dura pas une demi-heure en tout. Pourquoi eut-il duré plus longtemps?