Mais alors, il se présenta une difficulté imprévue.

Nous venons de dire que la loi avait délégué au lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest, la mission de régler par une ordonnance les formes selon lesquelles l'appel doit être interjeté.

Or, telle est l'administration du Nord-Ouest que, depuis 1880, c'est à dire depuis cinq ans, M. le lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest a oublié de faire cette ordonnance ou n'a pas encore trouvé les loisirs nécessaires pour remplir ce devoir de sa charge.

De telle sorte, que les condamnés jouissent théoriquement du droit d'appel, mais qu'en fait et jusqu'à ce qu'il ait plu à M. le lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest de remplir les fonctions de la charge pour laquelle il reçoit un salaire annuel de $7,000, ces condamnés n'ont aucun moyen de dresser un acte d'appel sous une forme qui le rende légalement recevable à Winnipeg.

Cette situation en pouvait pas être inconnue du gouvernement; car le cas s'était déjà présenté pour des crimes ordinaires, et on y avait pourvu par des ordonnances toute gracieuses du gouverneur-général, autorisant par exception la cour du banc de la Reine à statuer sur l'appel qui n'avait pu lui être régulièrement déféré.

Mais l'incurie ou le machiavélisme du gouvernement d'Ottawa sont de telle nature, que ces incidents n'avaient fait naître dans l'esprit de personne l'idée de rappeler M. le lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest à l'accomplissement de son devoir; et qu'au moment de la condamnation de Riel l'ordonnance nécessaire manquait toujours.

MM. Lemieux et Fitzpatrick durent s'adresser à Ottawa pour obtenir, en vertu de l'exception gracieuse à laquelle on avait eu recours en d'autres circonstances, la faveur d'exercer le droit que la loi garantit aux condamnés.

Il faut y avoir assisté pour le croire!... Le gouvernement résista d'abord à cette demande et agita sérieusement la question de savoir, s'il ne conviendrait pas de profiter de la violation de la loi commise par le lieutenant-gouverneur du Nord-Ouest, pour pendre Riel sans appel.

Grâce aux démarches personnelles de M. Fitzpatrick à Ottawa, on se décida à céder; et, à la dernière heure, l'appel put enfin être porté à Winnipeg.

Si les amis de Riel avaient pu garder une ombre d'espérance, dès l'ouverture des débats ils durent savoir exactement à quoi s'en tenir.