Dans une cause qui n'était pas seulement la cause d'un homme, mais la cause d'une nation et aussi la cause de l'humanité foulée aux pieds, M. L. O. David résolut de s'adresser, sans acceptation de parti, à tous les hommes de coeur. Une assemblée fut convoquée pour le dimanche 9 août, à Montréal, sur le Champ-de-Mars. Elle eut lieu sous la présidence du Dr. Lachapelle, assisté de M. A. R. Poirier. Plus de 10,000 personnes étaient présentes.
Les résolutions suivantes furent présentées au public:
Considérant que les Métis anglais et français du Nord-Ouest demandaient en vain depuis des années le redressement des griefs dont ils se plaignaient, et qu'ils ont été entraînés par les circonstances hors de la voie constitutionnelle qu'ils s'étaient tracée;
Considérant que le gouvernement a, dès le commencement des troubles, reconnu la justice de leurs réclamations, en envoyant auprès d'eux des commissaires chargés de faire droit à leurs demandes;
Considérant que Louis Riel a été l'instrument plutôt que le chef du mouvement, et que les Métis son allés le chercher aux États-Unis, pour les aider à obtenir justice et qu'il l'ont même empêché de partir à la veille du soulèvement;
Considérant que son procès a eu lieu devant un tribunal qui paraît avoir peu compris sa responsabilité et son devoir, et que d'ailleurs des doutes sérieux existent sur la légalité de ce tribunal et sur la juridiction en matière de haute trahison;
Considérant que l'état mental de Riel permet de croire qu'il n'était pas toujours responsable de ses actes et maître de sa volonté, lorsqu'il s'agissait de la cause au triomphe de laquelle il avait voué toute sa vie;
Considérant que le crime dont il est accusé est une offense politique, que l'exécution de la sentence de mort portée contre lui sera considérée comme le résultat des préjugés et du fanatisme et sera funeste à l'harmonie si nécessaire dans une société mixte comme la nôtre;
Résolu, qu'une souscription soit ouverte immédiatement pour donner à Louis Riel les moyens de porter sa cause devant un tribunal plus élevé et plus digne de confiance, et qu'en même temps tous les moyens constitutionnels soient employés pour empêcher que la sentence soit mise à exécution.
M. L. O. David exposa d'une manière très nette le but que le comité se proposait d'atteindre. Il disait, après avoir à grands traits retracé la carrière de Riel:
Maintenant, il faut être pratique. Pour arriver à notre but il faut deux choses:
1° De l'argent pour porter la cause de Riel devant un tribunal plus éclairé et obtenir justice.
2° Les signatures de tous les Canadiens-français au bas des demandes d'amnistie ou de commutation de peine.
L'assemblée, avant de se séparer, nomma le comité définitif qui devait remplacer le comité qui avait siégé jusqu'alors. Ces nominations, faites par acclamation, donnèrent les résultats suivants:
Président, L. O. DAVID; 1er vice-président, Chs. C. DELORIMIER; 2e vice-président, R. PRÉFONTAINE; secrétaire, CHARLES CHAMPAGNE; asst.-sec. A. E. POIRIER; trésorier, JÉRÉMIE PERREAULT; trés.-conj., J. O. DUPUIS.
Comité de régie: R. Laflamme, H. C. St-Pierre, Alphonse Christin, Pierre Rivard, E. L. Ethier, Barney Tansey, E. A. Dérome, Georges Duhamel, Jean Marie Papineau, G. Phaneuf, J. O. Villeneuve, A. Ouimet, J. Bte. Rouillard, avec MM. Chs. Champagne, avocat et E. G. Phaneuf comme organisateurs généraux.
C'est ce comité qui eut l'honneur de recevoir les injures des journaux ministériels, et dont l'oeuvre, entravée par tous les moyens possibles, fait le plus grand honneur à ceux qui l'ont entreprise.
Le signal donné par lui, à Montréal, ne tarda pas à se répandre dans toute la province et même aux États-Unis.