A Québec, une assemblée avait eu lieu le 9 août, le même jour qu'à Montréal; et elle avait adopté les résolutions ci-après:
Que les circonstances qui ont provoqué la récente insurrection du Nord-Ouest, les procédés extraordinaires qui ont signalé le procès de Louis Riel; que le ressentiment produit par ces faits parmi notre population, ressentiment propre à altérer la bonne harmonie qui doit régner entre les différentes races qui peuplent le Canada; que l'intérêt public qui ne peut résulter que du maintien de la bonne entente et de cette sympathie réciproque; tous ces puissants motifs enfin, militent en faveur de la commutation de la sentence prononcée contre le prisonnier Riel, condamné par le tribunal de Regina à être pendu, le 18 septembre prochain; que les citoyens de Saint-Sauveur, réunis en assemblée, prient Son Excellence de vouloir bien user de la prérogative royale pour faire grâce de la vie au dit Louis Riel et commuer sa sentence.
Que des pétitions dans ce sens soient adressées à Son Excellence le gouverneur-général.
Le même jour, les citoyens de Lachine adressaient une pétition au gouvernement pour demander un sursis et une commission médicale.
Le 10 août, au Côteau St-Louis, à Yamachiche, à la Pointe-du-Lac; le 16, à Varennes, à Farnham, à Hull; le 17, à Saint-Henri; le 21, à St-Jean-Baptiste, et à Valleyfield; le 23, à l'Assomption et à St-Martin, des réunions furent tenues dans le même but.
En même temps, les Canadiens-français s'assemblaient à Clarence Creek (Ont.), à Lawrence (Mass.) à Glens Fall (N. Y.).
Elles continuaient le dimanche 30 août, à St-Jean, à St-Jérôme, à Ste-Scholastique, au Côteau de Lac; le 6 septembre, à Terrebonne et à Verchères, où l'assemblée adopta les résolutions suivantes:
Résolu, que dans l'opinion de cette assemblée, comme dans l'opinion de tous les habitants de ce comté, la sentence de mort prononcée contre le dit Louis Riel devrait être commuée en une peine moins sévère, et qu'une souscription soit ouverte pour venir en aide à sa famille et pour indemniser ceux qui l'ont défendu au prix de grands sacrifices et de dépenses considérables.
Sur les entrefaites, le jour de l'exécution approchant, les membres du comité Riel avaient institué un comité exécutif composé de MM. L. O. David, l'Hon. Laflamme, C. Champagne, Jérémie Perreault, R. Préfontaine, J. O. Dupuis, A. Ouimet, Georges Duhamel, H. C. Saint-Pierre, P. Rivard, C. de Lorimier.
Le 18 septembre approchait. L'excitation populaire était à son comble. A Montréal, on peut dire que les assemblées étaient permanentes, dans l'un ou l'autre des quartiers de la ville, et la campagne répondait noblement à l'appel du comité. A Saint-Basile, à Saint-Georges, à Saint-Alexandre, à Saint-Esprit, des résolutions furent adoptées demandant la grâce de Riel; à Saint-Placide, on donna une représentation théâtrale au profit de la souscription Riel.
Le 16 septembre, on apprit enfin que Riel avait obtenu un sursis, et que son exécution était remise au 16 octobre, pour lui permettre de porter sa cause devant le Conseil privé.