Plût au ciel que tout le monde eut suivi leur exemple!

CHAPITRE IX

MANOEUVRES ET TRAHISON

On lisait dans la presse du 20 octobre dernier:

Chose curieuse! Au début il semblait qu'il n'y eut qu'une voix parmi les Canadiens-français. Ni sur la façon dont le Nord-Ouest avait été administré, ni sur la façon dont le procès de Riel a été conduit, il ne semblait pas que personne crût pouvoir défendre le gouvernement. La Minerve s'y essayait à peine, Le Monde publiait en faveur de Riel et des Métis de virulentes correspondances.

Ce n'est que deux mois plus tard que certains organes conservateurs, oubliant leur première impression, se sont subitement aperçus que le gouvernement avait agi avec infiniment de sagesse, dans l'administration des territoires de Nord-Ouest dans la direction des opérations militaires et dans la conduite du procès de Riel. LA PRESSE, ne s'est pas associée à cette évolution intéressée. Elle n'est pas revenue, comme d'autres l'ont fait, sur son premier mouvement qui était le bon. Moins vive, peut-être mieux éclairée que d'autres dès la première heure, elle n'a pas débuté par des grands éclats de voix pour oublier ensuite la justice et même la pitié envers les proscrits.

En effet, une évolution à laquelle on n'a pas, tout d'abord, assez pris garde s'était produite, vers la fin d'août dans la presse ministérielle.

On ne se bornait plus à attaquer sous main les défenseurs de Riel, on commençait à les injurier à ciel ouvert.

En même temps, des articles d'une hypocrisie savante étaient publiés dans la Minerve, dans le Monde, dans le Nouvelliste, dans le Courrier du Canada et dans leurs satellites de campagne. Ce qui caractérisait ces articles, tous taillés sur le même patron, c'est qu'on y avait l'air de désirer que Riel fut sauvé; et qu'en même temps, on y énumérait toutes les raisons propres à déterminer le lecteur à condamner Riel comme homme politique, à le considérer en religion comme un apostat, à reconnaître la justice de la sentence portée contre lui par Richardson, et à avouer intérieurement que, si Riel était pendu, il ne subirait au fond, qu'un traitement mérité.

Les prototypes de ces articles sont ceux que La Minerve publiait à peu près régulièrement sur MM. Lemieux et Fitzpatrick, et sur Richardson.

Elle s'élevait à l'égard de MM. Lemieux et Fitzpatrick au dernier degré de l'insulte. Elle accusait ces hommes qui ont défendu Riel de chercher à le faire pendre et, par une contradiction singulière, en même temps qu'elle leur reprochait d'avoir mal plaidé en faveur de Riel, elle plaidait de son côté du mieux qu'elle pouvait, mais contre Riel.