Il en résulte aussi, que depuis plusieurs mois, ces ministres étaient décidés à sacrifier Riel et qu'ils faisaient tromper odieusement le public, lorsque pour endormir l'opinion, tout en la préparant, ils laissaient donner en leur nom l'assurance que Riel ne serait pas pendu.
Par ce moyen, on parvint, jusqu'à la dernière heure, à empêcher toute démonstration des députés conservateurs à Ottawa. Le députés conservateurs au parlement local, qui jadis n'étaient pas aussi réservés, même dans les questions les touchant de moins près, se tinrent cois. Le gouvernement de Québec se désintéressa absolument de cette question nationale.
Les ministres étaient parvenus à faire le silence, sinon partout, au moins dans leur camp, et à éviter jusqu'aux représentations de leurs amis.
Pendant ce temps, M. Chapleau qui était encore en France y déclarait publiquement, ainsi qu'il l'a raconté plus tard à la Gazette, que chercher à défendre Riel c'était l'attaquer lui-même, et M. J. Tassé, M. P. directeur de la Minerve, recevait la mission d'essayer de faire taire les journaux de Paris, comme on avait fait taire les conservateurs canadiens.
Pour se rendre digne de la confiance de ses chefs, M. J. Tassé écrivait officiellement au Gaulois et à quatre autres journaux de Paris, deux lettres consacrées au développement d'un misérable sophisme, qui consiste à essayer de faire prendre la charge entre le gouvernement du Dominion et le peuple canadien-français, et à faire croire aux journaux de Paris que Riel n'a pas été condamné et exécuté par des orangistes, ennemis de notre race, mais par un gouvernement, des juges et des jurés qui auraient été, en cette circonstance, les représentant du sentiment canadien-français.
S'il y a en France quelques Français qui ait pu se laisser prendre à cette fourberie de bas étage, ils auront dû être singulièrement embarrassés, pour concilier les explications de M. J. Tassé, avec l'explosion de l'indignation et de la fureur publiques qui a accueilli l'annonce du meurtre de Riel, dans le Canada français tout entière, et dont le télégraphe leur a déjà fait connaître le caractère unanime et imposant.
Qu'est-il arrivé?
A la dernière heure, quatorze députés ont adressé à Sir John A. Macdonald la dépêche suivante:
Montréal, 13 novembre 1885.
A SIR JOHN A. MACDONALD,