Le shérif répondit que le mandat de mise à mort était arrivé.

Riel, continuant sur le même ton dit: «Je suis heureux d'apprendre qu'enfin je vais être débarrassé de mes souffrances.»

Il prit ensuite la parole en français et remercia affectueusement le shérif pour ses bienveillantes attentions.

Il reprit la parole en anglais: «Je désire, dit-il, que mon corps soit remis à mes amis, pour être enterré à St. Boniface, dans le cimetière français, vis-à-vis Winnipeg.»

Le shérif lui demanda alors s'il avait quelque désir à transmettre, touchant la disposition de ses biens, meubles et effets.

«Mon cher, répondit-il, je n'ai pour tout bien que ceci (et il toucha sa poitrine dans la région du coeur); et ceci je l'ai donné à mon pays, il y a quinze ans; et c'est tout ce qui me reste maintenant.»

On le questionna ensuite sur l'état de sa conscience. Il répondit: «Il y a longtemps que j'ai fait ma paix avec mon Dieu; je suis aussi bien préparé maintenant que je puis l'être en aucun temps. Vous trouverez que j'avais une mission à remplir. Je vous prie de remercier mes amis de la province de Québec de tout ce qu'ils ont fait pour moi.»

A une autre question qui lui fut faite, il répliqua:

«Je suis content de quitter ce monde. On me permettra de dire quelques mots sur l'échafaud?» ajouta-t-il sur un ton interrogatif.

Lorsqu'on lui dit qu'on le lui permettrait, il dit en souriant: «Vous supposez que je pourrais parler trop longtemps et que cela me fatiguera? Oh! non, je ne me trouverai pas faible, je sentirai, lorsque le moment viendra, que j'aurai des ailes qui m'enlèveront là-haut.»