A 8 heures un quart le bourreau, un masque sur la figure, s'avança la corde sur le bras et commença à garrotter Riel. Celui-ci continua à prier, étendant les bras et regardant au ciel jusqu'à ce que les bras fussent liés. Précédé de Gibson et escorté des prêtres, Riel monta sans aide et d'un pas ferme les six degrés qui conduisaient à l'échafaud, en disant: «Je me confie à Dieu.»
En poussant cette exclamation, un sourire passa sur ses lèvres.
Le condamné se plaça sur la trappe, la figure tournée vers le nord. Les Pères André et McWilliams continuèrent à prier et Riel dit en anglais: «Je demande pardon à tous les hommes et je pardonne à tous mes ennemis.»
Le député shérif lui demanda s'il avait quelque chose à dire. Il se tourna vers son confesseur, le Père André, et lui demanda: «Est-ce que je vais dire quelques mots?» «Non, répondit brièvement le prêtre, faites votre dernier sacrifice, et vous serez récompensé.» Riel se tourna et dit: «Je n'ai rien de plus à dire.»
Le bourreau ajusta le noeud, mais Riel ne parut pas même y faire attention.
Alors, le bourreau se mit à son poste; le bonnet blanc fut enfoncé sur la tête de Riel; les deux prêtres, tenant des cierges en main, continuaient de prier pour le mourant, pendant qu'on entendait ce dernier prier en même temps. A l'expiration des deux minutes qui lui furent données pour prier, au moment où il répondait: «Ne nous induisez pas en tentation», le bourreau fit partir la trappe et Riel tomba. Il ne remua pas pendant quelques secondes, puis un mouvement convulsif se fit sentir et deux minutes après, il n'existait plus.
Il était mort en brave et en chrétien.