Les soirées étaient toujours consacrées, chez M. Rinval, à l'étude ou à des jeux de salon auxquels prenait part toute la famille. Parfois, le papa entamait de longues causeries que les enfants et même Mme Rinval écoutaient avec le plus vif intérêt. C'était généralement sur les voyages qu'il avait faits jadis en France et à l'étranger que M. Rinval aimait à discourir. Ces récits avaient naturellement le don de réveiller chez les trois enfants le désir de voyager; aussi l'annonce du prochain départ fut-elle accueillie avec une satisfaction générale.

Le 28 août, à huit heures du matin, la famille Rinval quitta donc son domicile, boulevard de Magenta, pour se rendre à la gare du chemin de fer de Lyon, où l'on devait s'embarquer pour Salins.

Au moment du départ, ce fut le cœur assez gros que les trois enfants et leur mère entendirent M. Rinval fermer à double tour la porte de l'appartement. Les domestiques avaient été renvoyés dans leur famille pour la durée du voyage. La maison allait rester déserte. On n'y laissait plus la vieille amie qui, deux ans auparavant, faisait de si tendres adieux à ses chers enfants.

Les tristes pensées des voyageurs se dissipèrent peu à peu, lorsque le train qui les emportait eut franchi les fortifications de la capitale. La conversation ne tarda pas à s'engager.

—Le Jura est un pays rempli de montagnes, n'est-ce pas? demanda Paul, lequel, comme on le voit, s'intéressait déjà aux questions géographiques.

En wagon.

—Pas entièrement, répondit M. Rinval. La partie qui confine aux départements de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or n'est qu'une vaste plaine. Le reste du département se divise en vignoble, ou région où l'on cultive la vigne, et en basse et haute montagne. La haute montagne comprend les parties les plus élevées de la chaîne du Jura. Son plus haut sommet, celui de Dôle, a 1,681 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer.

—Ce n'est pas encore le mont Blanc, dit Lucien.

—Je crois bien, répondit Paul.