Hélène et Lucien remarquèrent que les bâtiments de l'abbaye qui domine le village forment un immense rectangle ou carré, du milieu duquel s'élance l'église abbatiale, surmontée de toutes parts de clochetons, et dominée par une tour carrée. M. Rinval leur dit que cette tour avait été bâtie au dix-septième siècle, et qu'elle avait remplacé une flèche aiguë que couronnait la statue de saint Michel.

—On eût dû laisser cela, c'eût été bien plus joli, remarqua Paul.

Le guide proposa à M. Rinval et à sa famille de monter dans la tour. Cette proposition fut accueillie avec empressement, et, arrivés sur la plate-forme, nos voyageurs découvrirent un panorama qui les dédommagea amplement de leur fatigue.

Ils visitèrent ensuite les constructions de l'abbaye, et notamment la partie appelée la Merveille, qui se compose de trois étages de magnifiques constructions.

D'abord, les vastes cryptes ou souterrains du onzième siècle, partagées en deux grands compartiments. Au-dessus, la salle de l'ancien chapitre du Mont, que l'on regarde comme la plus vaste et la plus superbe salle gothique qui existe.

Et enfin, au-dessus de cette salle, le cloître, lequel est d'une richesse d'architecture extraordinaire. On n'y compte pas moins de deux cent vingt colonnettes en granit, en calcaire, en stuc et en granitelle. Des fenêtres du cloître, les visiteurs purent contempler la mer, qui se trouvait à plus de cent mètres au-dessous d'eux.

La seule partie de l'abbaye que nos voyageurs ne visitèrent point fut les souterrains. M. Rinval rappela que plusieurs de ces souterrains avaient servi de cachots, à différentes époques.

En redescendant dans le village, le guide leur montra les ruines d'une maison qui passe pour avoir servi de logis à Tiphaine Raguenel, épouse de Duguesclin. Ce fut encore l'occasion d'une intéressante conversation entre M. Rinval et ses enfants sur le vaillant connétable de Charles V.

Après avoir quitté le Mont-Saint-Michel, la famille Rinval rencontra plusieurs chariots chargés de plantes marines, qui intriguèrent beaucoup M. Paul.

—C'est du varech, dit M. Rinval. Tu connais cette plante? demanda-t-il à Lucien.