On étend sur le pressoir, au moyen d'une pelle, des couches de pulpe superposées, de dix à quinze centimètres d'épaisseur. Entre chaque couche est placé un mince lit de paille de seigle ou un tissu de crin. La dernière couche étant posée, on recouvre le tout au moyen de madriers ou de billots. On ne presse qu'au bout de quelques heures, et l'on obtient, par le simple égouttage, le cidre dit de mère goutte.
Ce pressurage est répété plusieurs fois. Les petits fermiers, destinant à la vente le premier cidre obtenu, ajoutent, lors des derniers pressurages, une certaine quantité d'eau au marc pressé, et font ainsi un cidre léger qui leur sert de boisson.
L'ancien pressoir, employé par la plupart des fermiers, est fort encombrant, et ne donne pas les meilleurs résultats. Il ne subsiste guère que grâce à la simplicité de sa construction.
Dans les grands établissements, on presse les pommes pilées au moyen d'une presse hydraulique, et le tour à piler est lui-même remplacé par des pressoirs mécaniques, qui donnent des résultats plus rapides et plus complets.»
De Coutances, on se rendit à Granville, joli petit port, où l'on devait prendre une voiture pour se rendre au Mont-Saint-Michel. Une partie de Granville, la vieille ville, est bâtie sur un rocher abrupt, dit le Roc, battu par la mer et presque séparé de la terre par un large ravin. Nos voyageurs trouvèrent cette situation très pittoresque et se plurent à contempler la mer du haut du Roc.
Mais le Mont-Saint-Michel les émerveilla bien plus encore, et ils eurent beaucoup de peine à s'en éloigner.
La Récolte du Varech.
Le village est bâti en amphithéâtre, à la base et sur les pentes d'une masse de granit de neuf cents mètres de tour. Il est entouré d'une muraille d'enceinte bordée de mâchicoulis et flanquée de tours. On y entre par un seul passage, et il n'a, pour ainsi dire, qu'une rue unique qui se déroule en une longue courbe sur le flanc de la montagne et aboutit à l'abbaye, qui la domine, par un escalier divisé en plusieurs rampes. Une vaste plaine de sables mouvants, que l'eau de la mer recouvre deux fois par jour, entoure le Mont-Saint-Michel. Aussi ne doit-on s'y aventurer que sous la conduite d'un guide expérimenté, si l'on ne veut pas risquer sa vie. De graves accidents se sont souvent produits en cet endroit; des voyageurs, des équipages attardés sur les sables ont été engloutis par les flots. Mais un sort semblable ne pouvait atteindre nos voyageurs, car M. Rinval ne prit le chemin du Mont qu'après s'être procuré les renseignements les plus précis sur les heures de la marée.
Nos voyageurs virent le Mont-Saint-Michel sous ses deux aspects: à la mer basse, entouré de sa plaine de sable; et à la mer haute, transformé en une île véritable, battue par les vagues agitées.