«Que demande la justice?
«Qu'un coupable disparaisse du sein de la société, n'est-ce pas? Elle veut un exemple!
«Où le trouvons-nous, cet exemple!
«L'exécution a lieu le matin au petit jour, et la justice a l'air de se cacher pour anéantir un coupable. On apporte un certain mystère dans les apprêts, on redoute la présence de la foule, on comprend très-bien qu'elle est toujours trop nombreuse au pied de l'échafaud, et, sans l'exprimer hautement, on approuve Lamartine, qui disait: «Si les lois sanglantes ensanglantent les mœurs, il ne faut pas que le législateur, pour intimider quelques scélérats, déprave, par la vue du sang, l'imagination de tout un peuple. Du reste, il suffit d'avoir assisté une fois à une exécution pour être édifié sur la valeur de l'exemple.»
«La foule se presse, se bouscule, se bat presque pour arriver au premier rang. C'est un spectacle: on est venu épier le dernier regard du condamné; on est venu écouter ce qu'il dira sur les marches de l'échafaud, et on ne veut rien perdre du drame qui va se dérouler.
«En attendant, cette foule généreuse rit, chante et fait des mots.
«J'ai entendu un homme dire à son camarade:
«—Il a plus d'chance que nous, c'gueux-là, il va déjeuner avec le bon Dieu.
«Un autre disait à sa femme:
«—Est-ce qu'ils n'vont pas s'dépêcher un peu?