«Et la sensible et poétique créature murmurait dans son impatience:
«—Pourvu que l'petit n'aille pas s'éveiller!
«Le moment fatal approche, la foule est attentive, anxieuse, exactement comme elle l'est au théâtre, quand le traître va assassiner la jeune première. Mais recueillie? Allons donc! Elle se tait, c'est vrai, mais c'est pour mieux écouter ses propres impressions. Le condamné arrive, on le hisse sur la plate-forme de la guillotine, puis, en présence de la mort, il embrasse le prêtre qui le soutient, il embrasse le crucifix qu'on lui présente, et pensant que dix mille personnes l'observent, ce malheureux, malgré sa confession faite et l'absolution reçue, se parjure, en s'écriant:
«—Je meurs innocent.
«La foule s'éloigne bruyante, et le gamin retourne à son atelier faire le récit d'un spectacle qui lui sert souvent de prétexte à des plaisanteries de mauvais goût dans le genre de celle-ci:
«—Il a tout d'même eu un rude trac, au moment d'laisser tomber sa tourte.
«Dans tout cela, je ne vois pas que l'exemple soit salutaire et moralisateur.
«Un criminel doit mourir, n'est-ce pas? Eh bien! la science a aujourd'hui, pour tuer un homme, des moyens aussi infaillible et surtout moins sanguinaires que celui du docteur Guillotin.
«Je me demande pourquoi le mode d'exécution par l'électricité ne serait pas adopté?
«L'étincelle électrique peut foudroyer instantanément. J'y vois de nombreux avantages et pas un seul inconvénient. D'abord, il n'y a pas de sang répandu. On ne voit pas le hideux couteau s'abattre sur une tête humaine; il n'y a qu'un agent mystérieux, qui frappe comme frapperait le doigt de Dieu. D'un autre côté cette mort prompte ne laisse plus de place à ce doute horrible qui divise encore les physiologistes: le doute de savoir si la douleur et l'intelligence ne subsistent pas quelques instants encore après la décollation.