«Ce serait un progrès de plus que ce foudroiement judiciaire eût lieu à huis clos, sauf à prendre les précautions de constatation d'identité que j'indiquerai tout à l'heure.
«De cette façon, on enlèverait au condamné ces occasions de forfanterie qui entrent pour une part considérable dans son mépris de la mort; mépris qui, en amoindrissant la pitié du public, laisse une part trop grande à son admiration.
«J'ai la conviction que ça n'est certes pas là le dernier sentiment que le législateur s'est proposé de faire connaître dans l'esprit de la foule qui assiste à une exécution.
«Avec l'électricité, rien de tout cela n'est plus possible.
«Le criminel, prévenu dans la journée qu'il disparaîtra de la société au soleil couchant, peut se recueillir et se préparer à la mort. Plus de forfanterie! Il sera seul avec lui-même pour songer au passé dont il lui sera demandé compte dans l'éternité.
«Il n'aura plus cette surexcitation nerveuse que donne la vue du public. Personne ne l'entendra, les murs de sa prison seront muets, et il saura que le lendemain de sa mort les journaux, au lieu du récit circonstancié de ses moindres actions, ne renfermeront plus que cette mention succincte: Le coupable a payé sa dette à la justice des hommes! S'il lui reste encore quelques bons instincts, ils se réveilleront. Ils ne seront plus étouffés par ce sentiment de révolte qui doit pousser le criminel le moins endurci à braver cette société qui, à ses yeux, abuse de sa force, de son droit, en se réunissant tout entière pour accabler un seul homme.
«Il aura toutes les faiblesses humaines; il osera pleurer, ses larmes seront sincères; elles auront leur source dans le repentir, et elles éviteront à ce malheureux le parjure de la dernière seconde.
«Si l'on veut à toute force faire de l'apprêt, donner à cette triste solennité une pompe théâtrale, que la cérémonie funèbre ait lieu dans un endroit public pendant une messe basse des morts, devant des juges et un certain nombre de jurés choisis par le sort. Puis l'exécuteur des hautes-œuvres n'aura plus qu'à appuyer sur un bouton de l'appareil électrique pour que le condamné, entraîné à distance et loin de tous regards humains, soit instantanément foudroyé.
«Mais encore cette solennité est-elle inutile?
«Comme il faut qu'on soit assuré que l'exécution a vraiment eu lieu et que la justice n'a de priviléges pour personne, le lendemain les portes d'une morgue s'ouvriront, et, pendant un certain laps de temps, les gens avides de contempler l'image de la mort pourront passer devant le cadavre du supplicié, à la tête duquel on placera ces simples mots: