Les idées émises à l'occasion de cette conférence cadrent dans une certaine mesure avec les nôtres, et nous serions heureux si notre proposition trouvait un appui au sein du «Comité des Balkans».

En résumant, dans ce chapitre et dans le suivant, les différentes opinions relatives à la question d'union entre les peuples balkaniques, nous n'avons fait qu'analyser des écrits n'engageant que leurs auteurs.

Nous parlerons, plus loin, de la Confédération orientale telle que nous la proposons, et qui seule, d'après nous, peut apporter une solution équitable et radicale à la question d'Orient.

CHAPITRE XI

LA CONFÉDÉRATION ORIENTALE

Qu'il s'agisse des individus on des peuples, l'avenir immédiat semble appartenir au principe d'association, aux groupements politiques ou économiques se traduisant par la création des unions douanières et des trusts, par la politique mondiale des nations, par les idées d'impérialisme, de panbritannisme, de pangermanisme, de panslavisme, d'union latine, etc.

Les luttes des sociétés humaines ont singulièrement élargi leur champ. Elles avaient commencé entre individus, puis entre tribus, avant de se poursuivre de municipe à municipe et de province à province; celles-ci se sont groupées en États armés les uns contre les autres, les grands absorbant ou tendant à absorber les petits. Mais qui sait si, un jour, sous l'influence des idées humanitaires, et en présence tant du péril jaune singulièrement menaçant que de la concurrence économique des États-Unis d'Amérique, on ne comprendra pas la nécessité de grouper en un seul faisceau les États-Unis d'Europe?

La période des conquêtes semble, en effet, de plus en plus condamnée par la conscience universelle, de plus en plus impuissante aussi. Les efforts violents d'assimilation ont échoué en Pologne, en Finlande, en Arménie. C'est pourquoi le militarisme est en baisse partout; les peuples se gouvernent davantage par eux-mêmes et le désarmement partiel, voulu par les masses et dont la diminution progressive de la durée du service militaire est un premier symptôme, amènera les nations, pour assurer leur existence, à l'adoption du système confédératif. Cette garantie mutuelle aura pour conséquence la fin des guerres continentales, les armées de terre permanentes disparaissant et ne laissant guère subsister qu'une forte gendarmerie pour assurer l'ordre intérieur, et de puissantes escadres pour tenir en respect les menaçantes formations extra-européennes dont nous avons parlé.

En traitant, dans un ouvrage récent[31], d'une future confédération européenne, l'éminent publiciste J. Novicow s'exprime ainsi:
«... Nous commençons à percevoir nettement la solidarité qui nous unit. En effet, espérer établir le bonheur d'une nation sur le malheur de ses voisines, est faire preuve de la plus profonde ignorance. La Russie, par exemple, est autant intéressée à l'indépendance de la Pologne qu'à la sienne propre. La sécurité complète de chaque nation, c'est-à-dire la possibilité pour elle d'atteindre le maximum de bonheur, ne pourra être obtenue que par l'établissement d'institutions fédérales qui assurent la sécurité de toutes. En dehors de la fédération, il n'y a pas de salut.»
[Note 31: Bibliothèque pacifiste internationale. J. Novicow, De la possibilité du bonheur, Paris, 1904.]

Si l'Amérique est un danger, elle offre aussi un exemple. Les États-Unis, qui devancent la vieille Europe par tant de côtés, ne sont-ils pas constitués en grande partie sur une base fédérale? Et si l'on s'en rapporte aux congrès panaméricains réunis dans ces dernières années, il est même à noter qu'à Washington on envisage déjà l'union future des deux Amériques.