Mais il n'y aurait pas que la Suisse à citer. L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie ne sont-elles pas, à tout prendre, des confédérations, --très centralisées, il est vrai,--dont la seconde réalise une véritable mosaïque de races, de langues et de religions?

L'union de plusieurs États en vertu d'un pacte constitue un fait très ancien et très fréquent dans l'histoire,--ainsi encore la Suède et la Norvège.

Il est évident que ce que nous préconisons pour l'Orient européen n'est pas ce gouvernement strictement fédéral que nous définissions plus haut pour dire qu'il ne conviendrait pas aux États-Unis d'Europe de l'avenir, mais une simple association,--répétons-nous: un système d'États confédérés, gardant intact le principe de leur souveraineté, ainsi que le droit de se gouverner par des lois particulières, et s'obligeant seulement à faire exécuter dans l'intérieur de leurs limites propres les résolutions générales délibérées et adoptées en commun.

S'il en était autrement, nous ne saurions proposer une telle organisation à des États souverains comme la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, le Monténégro, et, on le verra tout à l'heure, la Roumanie. Aucun ne renoncerait, par exemple, à entretenir des relations diplomatiques avec les autres nations; aucun ne consentirait à une diminutio capitis.

Mais en a-t-il jamais été question?

Pour bien faire comprendre la signification d'une confédération telle que nous l'entendons, nous ne saurions trouver dans le passé, à défaut du présent, un meilleur exemple que celui de la Confédération germanique, créée en 1815, et qui, avant 1866, comprenait comme adhérents, en dehors des princes et des villes libres de l'Allemagne, l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse, le roi de Danemark pour le Holstein et le Luxembourg, et le roi des Pays-Bas pour le grand-duché de Luxembourg. L'empereur d'Autriche en était le protecteur.

Les intérêts de la Confédération étaient réglés par une Diète siégeant à Francfort, à laquelle assistaient les plénipotentiaires des États. Il y avait des assemblées ordinaires et des assemblées générales; dans ces dernières, où la majorité valable devait comprendre les deux tiers des votes, se discutaient les questions relatives aux lois organiques servant de base à la constitution; on s'y occupait en outre des affaires religieuses et de l'admission de nouveaux États.

Les différents adhérents s'obligeaient à défendre l'Allemagne et se garantissaient mutuellement toutes leurs possessions. Ils conservaient leur indépendance respective et leur représentation diplomatique, avec toute latitude de conclure des traités et même des alliances, à la seule condition de ne pas contracter d'engagements internationaux susceptibles de porter atteinte à la sécurité de la Confédération.

Ce n'est encore qu'une indication, et nous nous garderions bien d'apporter ici un plan préconçu; mais, pour serrer de plus près la question, nous dirons qu'une Confédération orientale durable devra reposer sur les bases les plus larges possibles et, en réalité, constituer plutôt une alliance étroite.

À vrai dire, depuis un siècle, le système fédéral perd de son importance dans certains groupements d'États qui ont une tendance à resserrer des liens d'abord lâches, pour aboutir à la centralisation, à l'unification plus ou moins parfaite. Ainsi la Fédération américaine est devenue l'Union de 1787; celle de Suisse, l'État composé de 1848; celle d'Allemagne, l'Union germanique de 1866, puis l'Empire de 1871. Les coutumes et intérêts particuliers des peuples sont progressivement subordonnés au prestige du pouvoir central qui, en vue des luttes internationales politiques et économiques, tend à centraliser toutes les forces pour donner à son action plus de rapidité et de poids. La Confédération proprement dite est remplacée par l'État confédéré où la politique étrangère appartient à l'État général, tandis que l'administration intérieure est laissée à l'État particulier.