Si nous recherchions tous ces points de contact, nous n'en finirions pas. Le roi de Naples Charles II exerça sa domination sur une partie des contrées voisines de l'Adriatique, où il acquit les sympathies de la population indigène. En 1317, il soumit même le Péloponèse et s'intitula «souverain d'Achaïe, d'Athènes, d'Albanie et de Vlaquie».

«Aucune race,--dit M. Ch. Loiseau[35],--jusqu'à la fin du seizième siècle, n'a essaimé avec plus de constance et de succès que l'italienne dans le bassin méditerranéen et dans son annexe l'Adriatique. On retrouve aujourd'hui encore à Malte, dans les anciens États barbaresques, dans le Levant, à Candie, en Égypte, sur tout le pourtour de la péninsule balkanique, non seulement sa langue et des vestiges de son action civilisatrice, mais une sorte d'empreinte spécifiquement italienne.»

[Note 35: Voir l'Équilibre adriatique, p. 20.]

À Trieste, à Fiume, à Zara, à Spalato, l'activité commerciale est surtout concentrée entre les mains des négociants et armateurs italiens.

Il existe en Italie, et notamment dans le midi de la Péninsule et en Sicile, une colonie albano-italienne qui n'a point perdu conscience de son origine et a organisé même certains comités dont les principaux sont la Societa nazionale albanese de Rome et le Comitato nazionale albanese de Lungro (Calabres), ainsi que le collège ecclésiastique de San-Adriano, près de Naples.

En Albanie, où les traces de la civilisation italienne se retrouvent partout, un dialecte italien servit seul pendant bien longtemps à introduire l'enseignement religieux et certains éléments de culture.

Nous en avons assez dit pour prouver que la tradition n'a jamais été interrompue. D'ailleurs, l'italien a toujours été et est resté l'idiome méditerranéen par excellence. Son domaine comprend toutes les côtes orientales de l'Adriatique, la mer Ionienne et la mer Égée; c'est la langue courante de toutes les Échelles du Levant, d'un usage très répandu à Constantinople et général à Salonique, où la colonie italienne est la plus nombreuse de toutes.

Déjà compris par toutes les populations levantines, ce noble idiome deviendrait bien vite aussi familier aux pasteurs du Pinde qu'il l'est aux marins de l'Archipel. Il ne ferait que regagner ce qu'il a perdu, même dans les pays slaves du sud; en effet, le latin populaire a été supplanté par le grec en Orient, comme le grec a été lui-même supplanté par le latin en Moesie, en Illyrie, en Sicile et dans la Grande Grèce.

Il existe d'ailleurs, dès à présent, d'excellentes écoles italiennes en Turquie, à Scutari d'Albanie, à Salonique, à Elbassa, à Vallona, à Janina, etc. L'Autriche elle-même,--nous l'avons déjà noté,--impuissante à implanter l'allemand, a dû se résigner, sur le terrain même qu'elle dispute à l'influence latine, à recourir à la langue italienne pour les établissements qu'elle entretient, et notamment dans les écoles catholiques d'Albanie dirigées par les jésuites. Un fait non moins remarquable: le Lloyd autrichien a été obligé d'adopter l'italien pour ses services maritimes des Échelles du Levant et même du bas Danube.

Entendons-nous bien: de ce que l'Empire romain a autrefois étendu sa domination effective sur toute la péninsule balkanique, notre désir secret n'est nullement de voir l'Italie moderne reprendre à l'avenir ce grand rôle. Il ne s'agit pas de refaire de la Méditerranée un lac latin.