[Note 38: En parcourant toute l'histoire des populations roumaines et albanaises dans ces contrées, on ne peut trouver entre elles aucun antagonisme, aucun conflit de quelque importance.]

La Macédoine et l'Albanie auraient à leur tête des gouverneurs généraux italiens, car Rome ne saurait se contenter d'une autorité purement nominale. D'ailleurs, choisis parmi les citoyens d'autres États, même neutres, ils offriraient peut-être moins de garanties d'impartialité, l'Italie ayant tout intérêt, dans l'espèce, à ne favoriser aucun des peuples au détriment des autres.

Le régime cantonal, avec communes bilingues et trilingues, comme en Suisse, serait tout indiqué jusqu'à nouvel ordre, en attendant que, dans telle ou telle région, par affinités, par migrations, par mariages mixtes ou accroissement de natalité, l'une des nationalités arrivât peut-être à absorber les autres et à leur imprimer pacifiquement son caractère ethnique et sa langue. Pour le moment, l'italien serait uniformément employé comme langue officielle à la place du turc. La langue italienne est admirablement claire et possède une orthographe débarrassée d'inutiles complications étymologiques. En ce qui concerne les rapports entre États confédérés, à titre de facilité, le français pourrait être préféré.

La réforme de l'impôt s'y imposerait tout d'abord. La capitation et les dîmes disparaîtraient le plus tôt possible, pour être remplacées par des contributions directes et indirectes, avec monopole de l'État pour les tabacs, les sels, les poudres et les cartes à jouer. On s'inspirerait en un mot de l'outillage fiscal des nations les plus civilisées, de façon à asseoir des taxes soit en partie facultatives (impôt indirect), soit proportionnelles aux ressources de chacun (impôt direct).

Une caisse rurale devrait fonctionner pour faciliter l'accession à la propriété des classes rurales slaves tombées dans un servage de fait. Cette caisse achèterait de préférence les terres des musulmans qui désireraient se retirer dans les pays de l'Islam. Les biens des mosquées seraient sécularisés et deviendraient propriété des provinces, en échange de quoi un traitement équitable serait fait aux ministres de ce culte.

Provisoirement, les deux provinces n'auraient point de force armée proprement dite; aussi la taxe d'exonération du service militaire devrait-elle y être conservée, mais seulement pour les hommes de vingt à quarante-cinq ans. La gendarmerie, avec un haut commandement italien, serait recrutée par voie d'engagements volontaires, exclusivement chrétienne, sauf en Albanie où elle serait mixte.

Le plus grand nombre possible de fonctions--même judiciaires, sauf les garanties de capacité--seraient électives sans distinction de religion et de nationalité. La plus large liberté des cultes et de l'enseignement et la plus large autonomie communale seraient reconnues.

Une diète ou assemblée des États confédérés serait créée avec la mission de régler les différends qui pourraient surgir entre ces États et aussi de diriger, en ce qui concerne les intérêts généraux de la Confédération, la politique extérieure vis-à-vis des puissances étrangères. Cette diète se réunirait pour la première fois à Rome et fixerait par la suite, elle-même, son siège, qui pourrait être Rome ou Salonique.

À ceux qui nous objecteraient que l'on ne peut concevoir une Confédération orientale sans la ville de Constantinople qui s'impose comme capitale, nous répondrons que les divers peuples de la péninsule italique ont bien su autrefois se réunir et se reconstituer en royaume, sous le sceptre de Victor-Emmanuel II, en établissant pour commencer leur capitale à Florence. Ce n'est que plus tard que la possession de Rome est venue couronner l'oeuvre de l'unité italienne.

En ce qui concerne l'organisation militaire des États confédérés, rien ne serait changé à la situation actuelle. Chacun conserverait son armée individuelle, comme les armées allemande, austro-hongroise et italienne dans la Triple Alliance.