Et ceci sur un jour d’émeute :

« La journée se passa au milieu des pillages et des crimes, et le pire des malheurs fut l’allégresse du soir… »

On retrouvé chez Louis Blanc ce procédé d’antithèses. Le style de Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution, rappelle de très près le style de Tacite.

« Autrefois, dit Louis Blanc, on avait le pain sans la liberté ; aujourd’hui, on a la liberté sans le pain.

« Le cardinal Dubois mourut entouré de quelques amis, car il eut des amis. »

Sur le régent soupçonné d’inceste : « L’histoire ne peut l’affirmer ; mais c’est son arrêt qu’on en doute… »

Sur Marat : « Et maintenant, qu’on l’admire, si on l’ose ; et, si on l’ose, qu’on le méprise… »

Le succès des Girondins de Lamartine n’est dû également qu’au style, qui surpasse en énergie tout ce que ce grand poète a pu écrire en prose.

Un homme comme Michelet n’a dû sa gloire qu’à la magie de la forme. Ses débordements d’inspiration, son anticléricalisme, sa sensibilité maladive, ont parfois fâcheusement influencé ses jugements. A partir du règne de Louis XIV, il n’est peut-être pas toujours un guide très sûr, mais quelle évocation ! Quelle vision du passé ! Quelles merveilleuses fresques d’âmes, de faits et de couleurs !

Quelqu’un le dépasse pourtant : c’est Carlyle. Michelet est un volcan éteint, à côté de Carlyle. Carlyle a donné le premier la sensation tumultueuse de la Révolution. C’est quelqu’un de l’époque. Il prend parti, il interpelle, il accuse, il éclate en clameurs et en blasphèmes. Tour à tour terroriste, royaliste, peuple, il se mêle au drame, on entend ses cris, on voit ses gestes. C’est un convulsionnaire. Il a des pages d’hallucination tragique, comme le procès de Louis XVI à la Convention et la journée du 9 Thermidor.