Imitez l’exemple de Flaubert, Bouilhet et Maupassant : imposez-vous l’obligation de lire à quelqu’un ce que vous écrivez, dussiez-vous, comme Molière, recourir à votre servante. Molière ne lui lisait pas les vers d’Alceste ; Musset a raison de dire qu’à sa place il les lui aurait lus.
La Fontaine, Racine et Molière entretenaient leur amitié par un perpétuel échange de conseils et de lectures. C’est Boileau qui apprit à Racine à faire de beaux vers et à rompre la banalité de Quinault. L’auteur d’Andromaque ne publiait rien sans l’approbation de Boileau, qui applaudissait à ses triomphes et le consolait dans ses défaites, dont la dernière fut Athalie. La gloire de Racine ne fut pas du tout ce qu’on croit. Les contemporains lui préférèrent toujours Pradon.
Ces échanges de bons conseils étaient réciproques[126]. Racine, « qui a poussé le goût jusqu’au génie », dit Heredia, obligea Boileau à supprimer de sa Satire des femmes tout un passage réaliste qui ne figure pas dans la première édition. Le voici :
Mais qui pourrait compter le nombre de haillons,
De pièces, de lambeaux, de sales guenillons,
De chiffons ramassés dans la plus noire ordure,
Dont la femme, aux bons jours, composait sa parure ?
Décrirai-je ses bas, à trente endroits percés,
Ses souliers grimaçants, vingt fois rapetassés,
Ses coiffes d’où pendait au bout d’une ficelle