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AVERTISSEMENT.
On a beaucoup écrit sur les artistes, et il existe, dans presque toutes les langues, un grand nombre de livres sur leurs vies et sur leurs ouvrages; mais on en chercherait vainement un seul sur les amateurs. C'est à peine si, dans les biographies des artistes, les noms des amateurs sont cités en passant, comme dans un catalogue, pour indiquer les oeuvres qu'ils ont commandées ou qu'ils possèdent. Cet oubli n'est pas juste; car combien d'artistes ont dû leur renommée et leur fortune aux premiers encouragements qu'ils ont reçus d'amateurs aussi généreux qu'éclairés. Il est même vrai de dire que le goût des amateurs a souvent réagi sur celui des artistes, et que les plus grands maîtres n'ont pas échappé à leur influence. Pour ne citer ici qu'un seul exemple, Raphaël, de son propre aveu, consultait souvent Balthasar Castiglione sur les sujets de ses compositions. Les amateurs méritent donc d'occuper, dans l'histoire de l'art, une place plus considérable que celle qui leur a été accordée jusqu'ici par les historiens et les biographes.
Mais pour qu'il n'y ait ici aucune équivoque, il faut bien s'entendre sur cette qualification d'amateur.
Il ne suffit pas d'aimer les arts, pour être un amateur dans le sens que nous attachons à ce mot; il suffit encore moins d'avoir la manie des collections d'antiquités, de statues, de dessins et de tableaux.
Aimer les arts annonce sans doute une heureuse disposition à les comprendre; mais il n'y a que l'amour joint à l'intelligence de l'art qui constitue le véritable amateur. Or, l'intelligence de l'art ne s'acquiert pas seulement en voyant ou en collectionnant des oeuvres de sculpture ou de peinture. Elle exige de longues et profondes études, des connaissances variées, un goût délicat, un jugement sûr. Le Poussin semblait avoir en vue de définir le véritable amateur, lorsqu'écrivant à son ami, M. de Chantelou, il lui disait: «Les oeuvres èsquelles il y a de la perfection ne se doivent pas voir à la hâte, mais avec temps, jugement et intelligence; il faut user des mêmes moyens à les bien juger comme à les bien faire[1].» Ailleurs il ajoute: «Le bien juger est très-difficile, si l'on n'a en cet art, grande théorie et pratique jointes ensemble: nos appétits n'en doivent pas juger seulement, mais la raison[2].» Le véritable amateur est donc celui qui joint, à l'amour de l'art, le jugement et l'intelligence.
Telles sont les qualités qu'ont possédées, à un degré remarquable, le comte Balthasar Castiglione, Pietro Aretino, Don Ferrante Carlo, et le Commandeur Cassiano del Pozzo, dont nous avons cherché à apprécier l'influence sur les artistes de leur temps.
Si nous avons choisi ces quatre personnages, ce n'est pas, assurément, qu'ils soient les seuls que l'Italie puisse revendiquer comme de véritables dilettanti. Dans ce beau pays, où les arts ont brillé pendant longtemps d'un si vif éclat, il serait facile de citer un très-grand nombre d'autres excellents connaisseurs, surtout parmi les membres du clergé, particulièrement parmi les prélats, les évêques et les cardinaux. Mais il n'en est aucun qui ait exercé autant d'influence sur les artistes que ceux auxquels nous nous sommes déterminé à consacrer plus spécialement nos recherches. Chacun d'eux a été, de son temps, en relations suivies, pendant un très-grand nombre d'années, avec les principaux maîtres; et si leur amitié a été recherchée par les artistes, c'est qu'à l'amour et à l'intelligence du beau, ils joignaient la bienveillance, le désir d'obliger avec discrétion, et toutes les autres qualités qui appellent la confiance et qui font le charme de l'intimité.