On se procure de l'acide nitrique beaucoup plus concentré & avec infiniment moins de perte, en mêlant ensemble du salpêtre & de l'argile bien seche, & en les poussant au feu dans une cornue de grès. L'argile se combine avec la potasse pour laquelle elle a beaucoup d'affinité: en même-tems il passe de l'acide nitrique très-légèrement fumant, & qui ne contient qu'une très-petite portion de gaz nitreux. On l'en débarrasse aisément, en faisant chauffer foiblement l'acide dans une cornue: on obtient une petite portion d'acide nitreux dans le récipient, & il reste de l'acide nitrique dans la cornue.

On a vu dans le corps de cet Ouvrage, que l'azote étoit le radical nitrique: si à vingt parties & demie en poids d'azote, on ajoute quarante-trois parties & demie d'oxygène, cette proportion constituera l'oxide ou le gaz nitreux; si on ajoute à cette première combinaison 36 autres parties d'oxygène, on aura de l'acide nitrique. L'intermédiaire entre la première & la dernière de ces proportions, donne différentes espèces d'acides nitreux, c'est-à-dire, de l'acide nitrique plus ou moins imprégné de gaz nitreux. J'ai déterminé ces proportions par voie de décomposition, & je ne puis pas assurer qu'elles soient rigoureusement exactes; mais elles ne peuvent pas s'écarter beaucoup de la vérité. M. Cavendish, qui a prouvé le premier & par voie de composition, que l'azote est le radical nitrique, a donné des proportions un peu différentes & dans lesquelles l'azote entre pour une plus forte proportion: mais il est probable en même tems que c'est de l'acide nitreux qu'il a formé, & non de l'acide nitrique; & cette circonstance suffit pour expliquer jusqu'à un certain point la différence des résultats.

Pour obtenir l'acide nitrique très-pur, il faut employer du nitre dépouillé de tout mêlange de corps étrangers. Si, après la distillation, on soupçonne qu'il y reste quelques vestiges d'acide sulfurique, on y verse quelques gouttes de dissolution de nitrate barytique, l'acide sulfurique s'unit avec la baryte, & forme un sel neutre insoluble qui se précipite. On en sépare avec autant de facilité les dernières portions d'acide muriatique qui pouvoient y être contenues, en y versant quelques gouttes de nitrate d'argent; l'acide muriatique contenu dans l'acide nitrique, s'unit à l'argent avec lequel il a plus d'affinité, & se précipite sous forme de muriate d'argent qui est presqu'insoluble. Ces deux précipitations faites, on distille jusqu'à ce qu'il ait passé environ les sept huitièmes de l'acide, & on est sûr alors de l'avoir parfaitement pur.

L'acide nitrique est un de ceux qui a le plus de tendance à la combinaison, & dont en même tems la décomposition est le plus facile. Il n'est presque point de substance simple, si on en excepte l'or, l'argent & le platine, qui ne lui enlève plus ou moins d'oxygène; quelques-unes même le décomposent en entier. Il a été fort anciennement connu des Chimistes, & ses combinaisons ont été plus étudiées que celles d'aucun autre. MM. Macquer & Baumé ont nommé nitres tous les sels qui ont l'acide nitrique pour acide. Nous avons dérivé leur nom de la même origine; mais nous en avons changé la terminaison, & nous les avons appelés nitrates ou nitrites, suivant qu'ils ont l'acide nitrique ou l'acide nitreux pour acide & d'après la loi générale dont nous avons expliqué les motifs, chapitre XVI. C'est également par une suite des principes généraux dont nous avons rendu compte, que nous avons spécifié chaque sel par le nom de sa base.

Tableau des combinaisons de l'Acide sulfurique ou Soufre oxygéné avec les bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide par la voie humide.

Nomenclature nouvelle.
Nos.Noms des bases.Sels neutres qui en résultent.
Combinaisons de l'acide sulfurique avec:1La baryte.Sulfate de baryte.
2La potasse.Sulfate de potasse.
3La soude.Sulfate de soude.
4La chaux.Sulfate de chaux.
5La magnésie.Sulfate de magnésie.
6L'ammoniaque.Sulfate d'ammoniaque.
7L'alumine.Sulfate d'alumine ou alun.
8L'oxide de zinc.Sulfate de zinc.
9L'oxide de fer.Sulfate de fer.
10L'oxide de manganèse.Sulfate de manganèse.
11L'oxide de cobalt.Sulfate de cobalt.
12L'oxide de nickel.Sulfate de nickel.
13L'oxide de plomb.Sulfate de plomb.
14L'oxide d'étain.Sulfate d'étain.
15L'oxide de cuivre.Sulfate de cuivre.
16L'oxide de bismuth.Sulfate de bismuth.
17L'oxide d'antimoine.Sulfate d'antimoine.
18L'oxide d'arsenic.Sulfate d'arsenic.
19L'oxide de mercure.Sulfate de mercure.
20L'oxide d'argent.Sulfate d'argent.
21L'oxide d'or.Sulfate d'or.
22L'oxide de platine.Sulfate de platine.
Nomenclature ancienne.
Nos.Noms des bases.Sels neutres qui en résultent.
Combinaisons de l'acide vitriolique avec:1La terre pesante. Vitriol de terre pesante, spath pesant.
2L'alkali fixe végétal. Tartre vitriolé, sel de duobus, arcanum duplicatum.
3L'alkali fixe minéral. Sel de Glauber.
4La terre calcaire. Sélénite, gypse, vitriol calcaire.
5La magnésie. Vitriol de magnésie, sel d'Epsom, sel de Sedlitz.
6L'alkali volatil. Sel ammoniacal secret de Glauber.
7La terre de l'alun. Alun.
8La chaux de zinc.Vitriol blanc, vitriol de Goslard.
Couperose blanche, vitriol de zinc.
9La chaux de fer. Couperose verte, vitriol martial, vitriol de fer.
10La chaux de manganèse. Vitriol de manganèse.
11La chaux de cobalt. Vitriol de cobalt.
12La chaux de nickel. Vitriol de nickel.
13La chaux de plomb. Vitriol de plomb.
14La chaux d'étain. Vitriol d'étain.
15La chaux de cuivre. Vitriol de cuivre, couperose bleue.
16La chaux de bismuth. Vitriol de bismuth.
17La chaux d'antimoine. Vitriol d'antimoine.
18La chaux d'arsenic. Vitriol d'arsenic.
19La chaux de mercure. Vitriol de mercure.
20La chaux d'argent. Vitriol d'argent.
21La chaux d'or. Vitriol d'or.
22La chaux de platine. Vitriol de platine.

OBSERVATIONS

Sur l'Acide sulfurique & sur le Tableau de ses combinaisons.

On a long-tems retiré l'acide sulfurique par distillation du sulfate de fer ou vitriol de mars, dans lequel cet acide est uni au fer. Cette distillation a été décrite par Basile Valentin, qui écrivoit dans le quinzième siècle. On préfère aujourd'hui de le tirer du soufre par la combustion, parce qu'il est beaucoup meilleur marché que celui qu'on peut extraire des différens sels sulfuriques. Pour faciliter la combustion du soufre & son oxygénation, on y mêle un peu de salpêtre ou nitrate de potasse en poudre. Ce dernier est décomposé, & fournit au soufre une portion de son oxygène, qui facilite sa conversion en acide. Malgré l'addition de salpêtre, on ne peut continuer la combustion du soufre dans des vaisseaux fermés, quelque grands qu'ils soient, que pendant un tems déterminé. La combustion cesse par deux raisons; 1o. parce que le gaz oxygène se trouve épuisé, & que l'air dans lequel se fait la combustion se trouve presque réduit à l'état de gaz azotique; 2o. parce que l'acide lui-même qui reste long-tems en vapeurs, met obstacle à la combustion. Dans les travaux en grand des arts, on brûle le mêlange de soufre & de salpêtre dans de grandes chambres dont les parois sont recouvertes de feuilles de plomb: on laisse un peu d'eau au fond pour faciliter la condensation des vapeurs. On se débarrasse ensuite de cette eau, en introduisant l'acide sulfurique qu'on a obtenu dans de grandes cornues: on distille à un degré de chaleur modéré; il passe une eau légèrement acide, & il reste dans la cornue de l'acide sulfurique concentré. Dans cet état il est diaphane, sans odeur, & il pèse à peu près le double de l'eau. On prolongeroit la combustion du soufre, & on accéléreroit la fabrication de l'acide sulfurique, si on introduisoit dans les grandes chambres doublées de plomb où se fait cette opération, le vent de plusieurs soufflets qu'on dirigeroit sur la flamme. On feroit évacuer le gaz azotique par de longs canaux ou espèces de serpentins dans lesquels il seroit en contact avec de l'eau, afin de le dépouiller de tout le gaz acide sulfureux ou acide sulfurique qu'il pourroit contenir.