Écoutons le narrateur parler des filles laides.
Voyez cette fille laide ! Elle a soin de la maison. Elle est attachée à la maison par une corde. Qu’elle ne suive point les pas des arioi ! Elle est comme un morceau de bois enfoncé dans la terre. Elle a une couronne et des vêtements de feuilles de cocotier ; elle a pour chapeau un panier. Elle doit avoir une lance à la main. On lui fait porter toutes sortes de fardeaux et, quand les arioi s’en vont, ils lui disent :
« Reste ici ! Tu es laide ! Reste dans le pays et garde notre héritage ! Ne nous suis pas dans notre voyage de peur qu’on ne se moque de nous et que nous ne soyons insultés ! Nous voulons que notre voyage soit heureux et, quand nous ferons le tour de l’île, nous serons reçus partout avec les acclamations des meilleurs danseurs de l’upa-upa, au son des tambours, au milieu des rires et des applaudissements ! »
Mais à une belle fille, ils disent : « Viens et que les danseurs de l’upa-upa t’applaudissent avec nous. »
XIV
Le roi en tournée. — L’upa-upa d’autrefois. — Cérémonies funèbres et dansantes. — L’engraissement des enfants. — L’initiation. — Le pêcheur. — Lamentations sur une Femme.
Comme la royauté était à la fois élective et héréditaire, les rois se voyaient entourer d’un grand respect et leur arrivée dans un district était le signal de manifestations, de chants, de danses et de festins. Les romatané, une classe de prêtres, leur présentaient des feuilles de cocotier. Des rahiri, diacres qui veillaient aux danses sacrées, aux upa-upa, et servaient à la fois la divinité et le roi, s’approchaient et prononçaient des discours :
Sois le bienvenu, ô Roi ! Salut à toi, Roi des multitudes. Salut à toi, Roi des terres ! Salut à toi, Roi qui viens des extrémités des cieux ! Ne viens-tu pas des hauteurs des cieux, des jardins des cieux ? N’es-tu pas venu dans une pirogue, assis à l’avant, à l’arrière ou au milieu ? Sois le bienvenu, O grand Roi ! Voici le cadeau que ton serviteur te présente.
Tu es le grand Roi qui nous protège !
Viens et prends part au repas préparé pour toi !
Les rahiri ne s’en tiennent pas là. Ils s’excusent. Ils disent que les serviteurs des dieux et des rois ne savent pas comment il faut recevoir convenablement le roi. Ils offrent des cochons…
Le grand prêtre intervient :
« Salut ! Apportez le cadeau aux pieds du Roi ! Les cochons que vous avez offerts ont tout payé ! Vous ne devez plus rien ! La corde qui liait vos pères par le cou est détachée. Tout est bien, à roi miséricordieux ! »