[358] Tite-Live, XXV, 1, 3 : « Quia patres ordinem publicanorum in tali tempore offensum nolebant. Populus severior, vindex erat fraudis. »

Les publicains se sentirent tous atteints par cette poursuite exercée contre l’un d’eux, ainsi que l’avait prévu le Sénat. Ils se portèrent en grand nombre à l’assemblée des comices et firent, par leurs violences, ajourner la décision. Les tribuns reprirent, malgré tout, leurs accusations aux comices suivants, et Posthumius fut condamné au bannissement.

Ce n’était que justice, et cependant les publicains devaient, sans tarder, prendre leur revanche.

Leur puissance, d’ailleurs, ira en croissant avec leurs richesses, et nous verrons bientôt le temps où leurs fraudes, cyniquement pratiquées, s’effectueront sans qu’ils aient jamais rien à craindre, étant désormais à l’abri de toute poursuite. C’est l’époque prochaine où l’on verra les publicains devenir à la fois juges et parties, dans les affaires de finances, qui sont les leurs.

Cependant, toute trace du patriotisme et de la vertu antique n’avait pas encore disparu. On en était à la transition entre les mœurs anciennes et la cupidité égoïste des mœurs futures.

Et en effet, deux années après l’odieux stratagème de Posthumius, en 542-212, pendant qu’un imperturbable citoyen achetait le champ où Annibal campait victorieux, après la bataille de Cannes, des publicains, suivant la même voie de confiance héroïque et vraiment romaine, faisaient des avances considérables d’argent au Trésor, sans demander aucune garantie.

Ce n’est pas chose vulgaire que ces avances ainsi proposées par des financiers de profession, à un État menacé de si près dans son existence même par un ennemi victorieux et implacable. Or, à l’honneur de la Rome et des publicains de cette époque, le fait dont nous parlons ne fut pas l’œuvre isolée d’un seul homme.

Ce furent trois sociétés de publicains qui se disputèrent la gloire de secourir la patrie en détresse. Elles offrirent à l’État de faire les fournitures dont il avait besoin, se faisant promettre simplement qu’on les payerait avec les premiers fonds qui rentreraient dans la caisse publique. « Ut cum pecunia in ærario esset ii primum solverentur[359]. » Ils imposèrent seulement deux conditions, très raisonnables d’ailleurs : L’État devait d’abord dispenser les associés du service militaire, et ensuite on devait leur garantir les risques de l’ennemi et ceux de la tempête.

[359] Tite-Live, XXIII, 49.

Peu de temps après, un fait du même genre se produisit ; nous nous reprocherions de ne pas le signaler expressément pour le porter encore à l’actif des publicains et de Rome elle-même ; car les faits de cette nature vont devenir bien rares. Voici comment Tite-Live raconte celui-ci : « Comme les censeurs, vu la détresse du trésor, ne faisaient plus les adjudications ayant pour objet l’entretien des édifices sacrés, ou la fourniture des chevaux curules, et autres choses semblables, il se présenta un grand nombre des habitués de ces adjudications, qui engagèrent les censeurs à tout faire, à donner à l’entreprise, comme s’il y avait de l’argent dans la caisse. Personne ne devait exiger de l’argent qu’après la fin de la guerre[360]. » Valère Maxime reproduit le fait en termes encore plus énergiques : « Les publicains exhortèrent les censeurs chargés des adjudications à tout donner à l’entreprise, comme si la République regorgeait d’or, disant qu’ils pourvoiraient à tout ; ils s’engageaient à ne pas réclamer un as avant l’achèvement complet de la guerre[361]. »