Nous reconnaissons que la haute antiquité de ces origines est parfaitement possible, mais c’est seulement une conjecture, probable d’ailleurs, parce que l’intervention de gens habiles au pesage ou à l’appréciation des métaux est d’autant plus nécessaire, que la civilisation est moins avancée. Le libripens et les argentarii occupés des métaux nous paraissent donc compter parmi les agents les plus anciens, dans les transactions romaines, et c’est évidemment sur les marchés que leur place est fixée.

Mais il faut avouer aussi que l’existence de tabernæ, même construites et louées par l’État, n’implique pas directement qu’elles fussent exclusivement ou même principalement habitées par des banquiers. Il paraît certain, au contraire, que c’étaient des industries diverses qui les occupaient au début. « L’école où se rendait Virginie, quand elle fut saisie par les gens du triumvir Appius, était située sur le Forum. Lorsque son père fut réduit à la tuer, en vue de sauver son honneur, on nous dit qu’il alla prendre un couteau sur l’étal d’un boucher, aux boutiques neuves (305-449)[558]. »

[558] Gaston Boissier, Promenades archéologiques à Rome et Pompéi, chap. Ier : Le Forum, p. 21.

Il existait, en effet, fort anciennement, des boutiques sur l’un des côtés du Forum ; on en ajouta d’autres sur le côté opposé de la place ; les premières furent appelées tabernæ veteres, les autres tabernæ novæ[559].

[559] Voy. Dict. Daremberg et Saglio, vo Argentarii, art. Saglio et les auteurs anciens cités. — Varr. Ling. lat., VI, 9 et 59. — Tite-Live, IX, 40 ; XXVI, 11 et 27. — Florus, II, 6, 48. — Plaute, Curculio, IV, 1, 14 et suiv. ; Asin., I, 103, 112. — Cicéron, Acad., IV, 22 ; De Oratore, II, 66. — Tite-Live, III, 48 ; XL, 51. — Quintus, Instit., VI, 3, 58. — Pline, Hist. nat., XXXV, 4, 3, 210 à 367.

Ces dernières existaient antérieurement à l’époque de Caton[560].

[560] Ampère, op. cit., p. 269. Tite-Live, XXVI, 27.

Toutes ces boutiques furent construites dès l’origine par l’État, et, comme nous l’avons dit, louées pour son compte. C’étaient les censeurs qui étaient anciennement chargés de ce soin[561]. On en avait reconstruit sept qui avaient été consumées dans un incendie, sous le consulat de C. Céthégus et de S. Tuditanus, en 515-239[562]. Caton en fit construire quatre en 570-184[563]. En 578-176, on en éleva d’autres autour du forum[564] et d’autres encore en 583-171[565].

[561] Dict. Daremberg et Saglio, art. Saglio. Voy. Tite-Live, XI, 51 ; L. 32, D., De contrah. empt., 18, 1.

[562] Tite-Live, XXVII, 11.