Hos animos ? neque enim loculis comitantibus itur

Ad casum tabulæ, posita sed luditur arca[587].

[587] Juvénal, Sat., I, v. 88. Voy. aussi Sat., XIV, et supra, [p. 189]. — Martial, IV, 14 ; VI, 48 ; XIV, 8. — Suétone, Domitien, XXI.

Cette redoutable passion ne fut pas évidemment en s’atténuant avec le temps, si nous en jugeons par un document curieux qui date d’un peu plus tard. Nous voulons parler d’un opuscule ou homélie sur les joueurs, « de aleatoribus », que l’on attribue à saint Cyprien, ou à saint Victor, ou à un évêque d’une église particulière, mais qui remonte sûrement aux premiers siècles du christianisme[588].

[588] Voy. l’Étude critique publiée sur cet opuscule par l’Université de Louvain, 1891.

On ne peut imaginer la véhémence de langage et la sainte indignation que déploie l’orateur sacré, en s’adressant aux fidèles. « On voit », dit-il, « le joueur sans respect de sa dignité, sans excuse possible, entraîné par cette ardeur pestiférée, réduit à abandonner son patrimoine, après avoir bu secrètement ce poison mortel… O passion déréglée qui au lieu des richesses engendre le dénuement et la misère. O mains meurtrières, ô mains pernicieuses que le gain ne peut arrêter, et qui continuent encore à jouer après avoir perdu ! Le chrétien qui joue aux dés souille ses mains, car c’est au démon qu’il offre un sacrifice[589]. »

[589] De Aleatoribus, VI et IX. Mais, évidemment, on jouait déjà aux dés pendant que les jeux de bourse étaient encore pratiqués au Forum et même avant. Le vice du jeu était fort ancien à Rome. Horace, ode III, 24. Dig., De Aleatoribus, XI, V. Code : De Aleatoribus et alearum lusu, III, XLIII.

On le voit donc, c’est encore avec les dés et le fatal fritillus, comme au temps de Juvénal, et pas autrement, que l’on continue à tenter passionnément les chances du hasard.

Peut-être jouait-on aux dés sur les places publiques, dans les basiliques ; c’est probable ; les gens du peuple à Rome devaient jouer dehors autrefois, comme ils le font encore aujourd’hui. On a même trouvé, sur les dalles de certaines basiliques, des dessins de jeux, dames, échecs et autres, qui autorisent à penser qu’il en était ainsi. Mais que sont devenues les opérations aventureuses, portant, elles aussi, les richesses ou la ruine au milieu des spéculateurs du Forum, des Janus, et des basiliques ?

Il n’en est plus parlé nulle part, depuis le temps des Satires d’Horace, c’est-à-dire depuis qu’Auguste a anéanti les grands financiers et les compagnies qui lui faisaient ombrage.