On peut consulter tous les textes relatifs à ces émeutes et aux lois qu’elles faisaient naître ; c’est toujours la lutte des castes, nous l’avons déjà fait observer, ce sont des discussions et des concessions politiques que signalent les textes, quand il s’agit de la misère des débiteurs à soulager et des excès des créanciers à contenir[591].

[591] Voy., notamment, les détails très énergiquement présentés par Tite-Live, sur les crises financières de l’année 259-495, liv. II, ch. XXIII ; en 398-356, liv. VII, ch. XVI ; et en 429-325, liv. VIII, ch. XXVIII ; à cette dernière date, la transformation économique apparaît. Il semble être question d’un fœnerator de profession.

Ce n’est probablement qu’après plusieurs siècles, que les fœneratores de profession, les banquiers escompteurs, ainsi que nous dirions aujourd’hui, commencèrent à opérer le trafic sur les avances et les dépôts de fonds. Jusque là, c’est surtout sur les métaux et les échanges que les opérations ont porté, dans les Tabernæ argentariæ du Forum.

On voit cependant apparaître d’assez bonne heure dans l’histoire, des personnages qui doivent être des banquiers de profession, et qui sont publiquement chargés de résoudre les difficultés résultant des abus de l’usure. Il serait curieux d’étudier chacune de ces interventions économiques, dans leurs détails, mais comme ce sont des mesures politiques autant que financières prises par l’État, et non des actes d’initiative privée et de banque proprement dite, nous ne pourrions pas nous y arrêter ici, sans sortir de nos limites. Nous nous bornerons donc à énumérer les principaux de ces faits.

Ainsi, on a dit que la loi des XII Tables avait établi des contrôleurs des monnaies. « Triumviri monetales, aurum, argentum, æs publice signanto[592]. » Ce qui est plus certain, c’est que des magistrats de ce genre furent établis à plusieurs reprises plus tard[593].

[592] Marquardt, De re monetaria veterum Romanorum ; Cruchon, loc. cit., p. 42.

[593] Voy. Lenormant. op. cit., t. III, p. 146.

En 401-353, les consuls Valerius Publicola et Marcius Rutilus nommèrent, pour apaiser les esprits excités, et faciliter le règlement des dettes, cinq personnages qui furent préposés à ce soin. « Quos mensarios ob dispensationem pecuniæ appellarunt. » Ils rendirent de tels services, dit Tite-Live, que leurs noms ont mérité de passer à la postérité. Ils s’appelaient C. Duellius, P. Decius Mus, M. Papirius, Q. Publilius et T. Æmilius ; ils avaient été probablement pris parmi ces financiers honorés du nom de boni homines[594]. Leur intervention consista à faire des avances aux débiteurs sur les fonds de l’État, et surtout à contraindre les créanciers à recevoir en payement, les biens de leurs débiteurs, suivant une estimation équitablement faite.

[594] Tite-Live, VII, ch. XXI.

Des mesures semblables furent prises en 405-349 et en 538-216. Cette dernière fois, tout au moins, les triumviri mensarii désignés, ne furent pas pris parmi les banquiers de profession, car Tite-Live nous dit que l’un d’eux avait été consul et censeur, l’autre deux fois consul, l’autre tribun du peuple[595].