Nous venons d’étudier ce phénomène historique, si semblable, à certains égards, aux événements qui nous environnent, et nous avons été frappé de ces analogies, quoique bien des détails nous échappent encore.

Il en est de l’œuvre des publicains, en effet, et des grands banquiers, comme de la plupart des institutions qui ont précédé l’empire. Les grands écrivains de la littérature, de l’histoire et du droit n’existaient pas encore ; et nous ne pouvons pas tout savoir.

Nous connaissons beaucoup de lois de ces époques lointaines, sur la propriété, sur les créances, sur les actions en justice, mais nous n’avons sur ces sujets, ni jurisprudence, ni doctrine, ni aucun détail d’application. Il a fallu attendre jusqu’à la découverte des Commentaires de Gaius, c’est-à-dire jusqu’en 1816, pour en avoir quelques notions précises. Nous ne sommes guère plus fixés, sur ces institutions qui nous ont été si complètement expliquées pour les temps suivants, que sur les événements dont nous venons de parler, et ceux-ci ont été beaucoup plus négligés par les commentateurs.

Que l’on ne nous accuse pas, cependant, de ne présenter que des conjectures hardies.

Nous n’avons rien avancé dans ce travail, qui ne soit directement prouvé par des textes, ou qui ne s’impose par la plus scrupuleuse logique, et l’on nous pardonnera de le rappeler nettement, en faisant le relevé d’un actif que nous pouvons, avec le langage du sujet, déclarer bien établi.

Nous constaterons d’abord, que nous sommes en présence d’une démocratie bourgeoise, qui se développe par l’œuvre imprudente des Gracques, et qui, après avoir supplanté le patriciat, tombe dans la démagogie. C’est le moment où « l’avarice » gouverne en souveraine, par la fédération des grandes compagnies financières ; nous pensons l’avoir démontré.

Les compagnies de publicains couvraient, en effet, de leurs spéculations, de leurs entreprises et de leurs travaux, le monde Romain, et nous les avons réellement trouvées à l’œuvre, en Sicile, dans la province d’Asie, dans la Bithynie, la Cilicie, la Syrie, le Pont, la Judée, la Macédoine, la Grèce, la province d’Afrique, l’Espagne et la Gaule. Il en était de même dans toutes les provinces conquises, et nous avons vu leurs services compliqués s’organiser partout, au moment même où l’armée prenait possession du territoire.

Ces grandes compagnies trouvaient abondamment des fonds, par l’attrait d’un gain assuré, et par le procédé aussi simple que merveilleux de l’action, qui est, aujourd’hui encore, resté le même. Partes, Particeps non socius, affinis conductionis. Tout le monde voulait y avoir sa part : Πάντας ὡς ἔπος εἰπεῖν, dit Polybe. On s’arrachait les titres, Cicéron le dit textuellement de C. César, Eripuit partes illo tempore carissimas.

Elles furent facilement organisées, parce que l’adjudication des impôts et des grands travaux était, de toute antiquité, dans les mœurs.

Elles furent très nombreuses, parce que les travaux de la guerre et les bénéfices de la paix se multiplièrent à l’infini, sur les provinces conquises.