Telle est l’origine du mal, c’est-à-dire des fautes d’exécution. A la vérité, nous avions atteint le but, puisque notre œuvre a été soutenue, dès les premiers jours de son existence, par des approbations qui pouvaient très légitimement nous inspirer confiance dans l’avenir.
Nous avons donc présenté notre livre, simultanément, à l’Académie Française et à l’Académie des sciences morales et politiques, ainsi que d’autres, avant nous, l’avaient déjà tenté, à plusieurs reprises, avec succès.
Suivant l’usage consacré, nous indiquerons dans cette préface les résultats des concours Thérouanne et Le Dissez de Pénanrun, dans chacun desquels a été couronné l’ouvrage que nous offrons aujourd’hui au public soigneusement revu.
A l’Académie française, M. le Secrétaire perpétuel mettait en relief l’intérêt historique et moral de notre étude, dans un rapprochement très honorable, mais aussi très périlleux, et aux dangers duquel nous nous étions exposé nous-même, par le choix de notre titre : Les manieurs d’argent à Rome. « Ce que M. Oscar de Vallée avait fait pour notre société », disait le rapport général de M. Doucet, au sujet du concours Thérouanne, « M. Antonin Deloume vient aujourd’hui de le faire pour l’ancienne société Romaine… Il nous montre les manieurs d’argent, dans les convulsions suprêmes de la république, devenant maîtres de tout, de la justice, des finances et des suffrages du peuple. Il arrive enfin à cette conclusion, dont il faut faire son profit, que les mœurs et la constitution de la société romaine ont péri ensemble, ruinées par l’invasion subite de la richesse, par l’influence corruptrice des grandes fortunes mal gagnées, trop vite, à tout prix. » L’ouvrage fut couronné sur les conclusions motivées du plus illustre de nos historiens français contemporains, M. Duruy, dans un concours très nombreux.
A l’Académie des sciences morales et politiques, on a le précieux avantage d’obtenir plus que le rapport de la séance solennelle. Le Compte rendu des travaux de l’Académie publie le rapport de la commission spécialement désignée pour préparer le jugement de chaque concours. On connaît ainsi, les appréciations émanant directement de juges particulièrement compétents en la matière, et choisis en vue de ce résultat. On y trouve la critique détaillée des ouvrages, à côté de l’éloge. Que l’éminent rapporteur du concours Le Dissez de Penanrun en 1890, nous permette de le remercier pour notre part, de l’éloge et de la critique.
Quelle inappréciable fortune c’eût été pour nous, de connaître dans le détail, les explications et les avis formulés devant l’Académie française, et de joindre ainsi les enseignements de M. Duruy, à ceux de son confrère des sciences morales.
Quant aux critiques, nous avions été les premiers à nous les adresser à nous-même, elles ne touchent en rien au fonds, et nous en indiquions tout à l’heure le sens : nous nous sommes surtout attaché à en tirer profit.
Mais M. Perrens a bien voulu ajouter des appréciations dont nous avons le droit d’être fier, et qui sont assurément faites pour attirer sur notre travail ou pour lui confirmer la bienveillance du public.
« Cette part faite à la critique », dit le rapport spécial de la commission, « il ne reste qu’à louer dans ce livre savant, clair, instructif, intéressant, agréable même, et surtout, nous le répétons à dessein, original.
» L’auteur s’est proposé d’écrire l’histoire et de déterminer le rôle des finances dans le monde romain aux derniers siècles de la république. Il avait à montrer que la puissance de Rome, colossale en politique, ne l’était pas moins en finance. Il avait à marquer l’influence progressive de la richesse dans la législation et dans les mœurs tant privées que publiques, puis l’œuvre financière et politique des manieurs d’argent et la suite des événements qui la concernent. Cette tâche il l’a remplie à la satisfaction de ses plus autorisés lecteurs. Il met en lumière le fait singulier de sociétés puissantes qui se multiplient presque à l’infini, qui accomplissent les grandes œuvres de l’État, qui prennent rang dans l’existimatio avant les ordres politiques eux-mêmes, au point que les hommes dont elles se composent sont appelés, quoique n’ayant pas de fonctions officielles, maximi, ornatissimi, amplissimi, primi ordinis, et tout cela disparaissant du souvenir, ne laissant aucune trace, ni dans les historiens qui ne les ont pas vus à l’œuvre ni dans ce que nous appelons le droit classique…