[56] Belot, Histoire des chevaliers, chapitre VI : Les Publicains. — Guizot, Discours sur l’histoire de la Révolution d’Angleterre, p. 12 ; cf. Révolution d’Angleterre, et Duruy, Histoire des Romains, XV, § 1er, t. I, p. 470, note 1. — Mommsen, Droit public romain, t. VI, 2e partie (trad. Girard), p. 47 et suiv., 57 et suiv., 109 et suiv.
A Rome la révolution fut plus complète encore qu’en Angleterre. Les éléments constitutifs de la grande assemblée se modifièrent jusque dans leur personnel ; le patriciat perdit successivement tous les postes d’honneur qui lui avaient appartenu de droit, dans le gouvernement de l’État.
Des trois castes qui constituaient le populus, la noblesse de race fut celle qui, au nom de la religion et du droit, eut l’autorité la plus large, la plus incontestée pendant les premiers siècles. Mais elle se modifia dans ses éléments constitutifs. Le patriciat se fondit dans l’ordre sénatorial et la nobilitas ; il perdit son prestige et vit le pouvoir s’échapper, en fait, de ses mains. Ce furent les riches, même de race plébéienne, qui se partagèrent les honneurs et le pouvoir. « Il se fit alors », dit M. Duruy[57], « une scission parmi ceux qui avaient le cens équestre. Les uns, fils de sénateurs, ne songèrent qu’à succéder aux honneurs de leurs pères : c’étaient les nobles. Les autres, d’origine obscure, et repoussés des charges comme hommes nouveaux, se jetèrent dans les fermes et les travaux publics : ce furent les publicains. »
[57] Duruy, t. II, p. 56. Voy. Mommsen, Droit public romain, VI, 2e partie, 47 et 68. Cic., De Rep., XXXIV.
C’est l’ordre des chevaliers ou des publicains qui prendra, dès lors, l’influence dans les affaires. C’est la classe composée presque exclusivement des enrichis, des hommes nouveaux, homines novi, l’aristocratie d’argent, qui spéculera, qui gagnera et qui dirigera tout, à l’exclusion de la nobilitas déconsidérée. Auctoritas nominis in publicanis subsistit.
La plèbe, le troisième ordre, ne commença à exercer une influence persistante et normale qu’avec les Gracques ; elle grandit en luttant contre le Sénat et les chevaliers : mais ses triomphes furent tardifs et éphémères. Ils conduisirent la République rapidement à la démagogie.
L’histoire des publicains correspond, sinon à la plus belle époque de l’histoire romaine[58], du moins à la plus grande, par les résultats obtenus ; celle des immenses travaux, des riches conquêtes, de la liberté politique et de la suprême éloquence.
[58] Voir les réserves graves de Mommsen, au début du chapitre de son Histoire romaine, consacré à cette période.
Durant tout ce temps, la lutte politique des partis ne cessa pas un instant dans Rome ; mais ce fut le parti des financiers qui eut presque constamment l’avantage sur les deux autres, à dater des guerres puniques jusqu’à la démagogie militaire des guerres civiles. Nous avons vu le mouvement se manifester par les actes législatifs de l’ordre politique, dans la précédente section de ce chapitre, nous en trouvons ici la réalisation et l’explication dans les faits.
On vit alors se multiplier comme par enchantement, surtout après la soumission de Carthage, les signes certains des grands mouvements dans les affaires. Les banquiers, très anciens à Rome, étendent leurs opérations ; ce sont des changeurs, et surtout des intermédiaires entre spéculateurs. C’est par eux que l’argent circule, sous forme de billets, de Rome vers la province et réciproquement. Il en existait déjà, au quatrième siècle, qui tenaient leurs tables au Forum, plus tard ce fut dans les basiliques.