4. Adjectif.—«L’Ido a l’adjectif invariable, l’Esperanto le fait varier suivant le nombre et suivant le cas.»

Cette simplicité est autant un désavantage qu’un avantage. Car, il est évident que l’adjectif qui s’accorde en nombre et en cas avec le substantif montre plus clairement son rapport logique que l’adjectif, qui reste invariable, et que par conséquent la signification de la phrase apparaît plus rapidement et qu’une plus grande liberté dans l’ordre des mots devient possible. D’ailleurs, l’adjectif en Ido n’est pas toujours invariable, comme on le prétend; dans plusieurs cas il prend la marque du pluriel et de l’accusatif.

5. Verbe.—«L’Ido a la terminaison internationale r, au lieu de li arbitraire de l’Esperanto. L’Ido peut en outre faire concorder les formes de l’infinitif avec les formes du temps.

»

Cet r soi-disant international n’est, en règle générale, prononcé comme finale que dans les verbes espagnols; dans la plupart des verbes français il est muet, et en italien les finales verbales sont are, ire, ere; elles renferment donc un r, mais non comme finale. Est-il donc hautement savant ou hautement ridicule, de vouloir choisir une telle finale purement formelle, selon le principe de la plus grande internationalité? Ou n’est-il pas beaucoup plus intelligent

de définir cette terminaison d’après un point de vue purement pratique, de manière qu’elle puisse être facilement prononcée, clairement entendue et distinguée nettement des autres finales?

Sous ce rapport l’introduction de la désinence ar en Ido a été une des plus grandes erreurs. Le prétexte qu’elle existe également en espagnol est erroné, car pour une langue naturelle il importe beaucoup moins qu’une finale puisse être distinguée clairement que pour une langue artificielle. Aussi les créateurs de l’Ido remarquèrent bientôt qu’un r final non «roulé» se perçoit à peine à la prononciation. Ils enfreignirent donc la règle de l’accentuation et placèrent l’accent des verbes sur la dernière syllabe. Mais le mal n’en fut pas réparé, bien au contraire d’autres désavantages s’y joignirent: Par l’accentuation de la syllabe purement formelle ar, l’attention, à l’ouie, fut détournée de l’idée principale, c’est-à-dire la racine du mot, vers la chose secondaire, la syllabe formelle. Que l’on veuille comparer:

Ido:tradukar,Esperanto:traduki.
»obediar,»obei.
»punisar,»puni.
»rapecar,»fliki.

Autre conséquence désagréable: la cadence de la phrase est rompue chaque fois que l’infinitif est suivi d’un mot disyllabique; par exemple: Me volas skribar karto, en regard de l’Esperanto si coulant: Mi volas skribi karton.

Laissons donc sans envie à l’Ido son «r international» et conservons notre «i arbitraire»!