Une seconde erreur au point de vue du son est la terminaison ez de l’impératif. Cette consonne finale ne devient également perceptible à l’ouie que lorsqu’on la siffle fortement; ez se confond facilement avec is. Que l’on compare avec cela la désinence sonore et muette de l’Esperanto: u; lernu au lieu de lernez. Les langues nationales ont le plus souvent l’s doux, qui se prononce dans le corps ou au commencement des mots, et rarement à la fin. L’objection que l’impératif français se termine également en ez, est évidemment sans valeur, puisque ce z est muet.

6. Déclinaison.—«L’Ido n’a pas d’accusatif obligatoire, et n’emploie celui-ci qu’en cas de nécessité, dans les inversions

.... «pour, finalement, l’oublier précisément en cas de nécessité, comme le montre l’exemple du «vere idana leono» (c’est ainsi que «Idano» nomme M. Peus).[10] Car chaque usage facultatif

d’une forme grammaticale exige une règle qui détermine quand il faut ou non l’appliquer. Et par quoi Ido rachète-t-il cet «avantage»? Au lieu de l’accusatif obligatoire il a l’ordre des mots obligatoire et doit construire chaque phrase selon le schéma «sujet, attribut, complément». C’est une affaire de goût de préférer l’un ou l’autre; on en arrive toujours, pour des raisons de logique, à une certaine obligation. Dans tous les cas, l’accusatif obligatoire donne à l’Esperanto une grande aisance dans la construction de la phrase et une clarté plus grande et plus logique.

7. Vocabulaire.—A. «L’Ido n’emploie pas de mots artificiels comme l’Esperanto.»

Il emploie pourtant des mots empruntés à une langue morte, le latin; et l’on doit en Ido apprendre 24 éléments différents, là où l’Esperanto n’en emploie que 14. En outre, les formes composant le «tableau des mots corrélatifs» ne sont pas purement conventionnelles en Esperanto; tous les mots à sens indéfini commencent par i, ce qui se retrouve dans l’allemand irgend; les mots démonstratifs par ti, ce qui correspond à l’allemand d et à l’anglais th; les mots négatifs ont l’n commun à toutes les langues; les mots interrogatifs ont le ki français (en all. toujours w, en angl. wh).

B. «Les racines de l’Ido ne sont pas choisies arbitrairement, mais bien d’après le principe de la plus grande internationalité.Exemple: De l’allemand Kavallerie, l’anglais cavalry, le français cavallerie, l’italien cavallo, l’espagnol caballo, le russe kabaleria, l’Ido choisit pour «cheval» le seul mot international kavalo; l’Esperanto prend la forme française déformée ĉevalo.»

Effectivement l’Ido a plus fidèlement que l’Esperanto observé le principe de la plus grande internationalité, qui prédomine d’ailleurs aussi en Esperanto, mais il l’a fait aussi d’une façon plus pédante. Les savants de l’Ido ont trop formellement observé ce principe; ils le considèrent comme une simple question de nombres, et pour eux 1 Espagnol ou 1 Italien équivaut à 1 Allemand, 1 Hollandais, 1 Scandinave. En d’autres termes: ils n’ont pas tenu compte du degré de culture des différentes nationalités, ce qui fait que, grâce à l’espagnol et à l’Italien, l’Ido a une apparence beaucoup plus romane, et bannit un grand nombre de racines germaniques, qui se trouvent en Esperanto, telles que tago, fremda, dika, veti, etc. L’Esperanto accorde à bon droit un peu plus d’influence à l’élément germanique, dans la formation du dictionnaire. Dans l’exemple indiqué ci-dessus, lorsqu’on cite l’allemand Kavallerie en faveur de kavalo (cheval), on peut nommer l’allemand Chevauxlegers et chevaleresk,

et l’anglais chivalrous en faveur de ĉevalo, qui par conséquent n’est pas une forme seulement connue des Français. Et si ĉevalo est du français déformé, les mots de l’Ido tuchar, chasar, chapelo, charniro, chanjar, etc., sont également des mots atrophiés.

8. Dérivation.—«La dérivation en Ido est claire, logique et régulière, tandis qu’en Esperanto elle est souvent confuse, illogique et irrégulière. Ido est par conséquent plus clair, plus compréhensible et plus facile à manier.»