—Comme exemple suit la traduction de la phrase allemande: Ein Fischer kann fischen, ohne Fische zu fangen (un pêcheur peut pêcher sans prendre du poisson). Esperanto: Fiŝkiptisto povas fiŝkapti sen kapti fiŝojn (ou mieux: ne kaptante fiŝojn). Ido: Peskero povas peskar sen kaptar fishi.
Que manque-t-il à la traduction espérantiste? Le jeu de mots et la légère ironie, qui existe en allemand entre les deux propositions, est beaucoup mieux rendue en Esperanto qu’en Ido, où ils disparaissent par suite du mot peskar pour fischen. Ou s’en prend-on à la forme fiŝkapti pour pêcher? Que l’on considère alors les formes de l’Ido: tronsidar (= être assis sur un trône) pour trôner et seglirar (= sigeli) pour sceller. (On remarque encore une fois, lorsqu’on lit la phrase à haute voix, le rythme difficile: kaptar fishi). En outre on peut en Esperanto remplacer fiŝkapti par fiŝreti ou fiŝhoki.
Venons-en aux généralités. La dérivation en Ido prétend être claire, logique et régulière, par suite du principe de réversibilité, un principe qui, pour le commun des mortels, est difficile à comprendre et encore plus difficile à appliquer, surtout pour l’usage oral de la langue; en conséquence de ce principe, Ido surcharge la langue usuelle d’un trop grand nombre de parties composantes et malgré cela n’atteint pas d’uniformité logique. Les principes de nécessité et de suffisance, que de Saussure a fait ressortir pour l’Esperanto, sont au moins tout aussi logiques et en outre beaucoup plus simples, en ce qu’ils laissent aux personnes de culture différente la latitude nécessaire dans l’application.
Suivent alors comme exemples du prétendu manque de logique de l’Esperanto les verbes kroni, plumi, brosi, remi.
Disons d’abord que le verbe plumi, faussement cité, n’existe pas en Esperanto: plumer n’est pas plumi, mais senplumigi.
L’Esperanto fait dériver directement les mots kroni et brosi du mot racine, et suit en ceci l’usage de toutes les langues nationales: allem. Krone - krönen, franç. couronne - couronner, ital. corona - coronare, esp. corona - coronar, angl. crown - to crown; de même: Bürste - bürsten, brosse - brosser, spazzola - spazzolare, cepilo - cepilar, brush - to brush.
Et prétentieusement l’auteur continue à prôner la régularité absolue de la dérivation: «Ido par contre distingue nettement.... brosar per brosilo, remar per remilo....»
Si l’on voulait maintenant se fier à cette dérivation régulière de l’Ido, on verrait bientôt entrer en conflit son propre raisonnement et le vocabulaire Ido. Ainsi l’on ne peut pas traduire:
| Marteler avec un marteau, | par | martelar per martelilo, |
| limer avec une lime, | » | limar per limilo, |
| cribler avec un crible, | » | kriblar per kriblilo, |
| freiner avec un frein, | » | frenar per frenilo. |
Mais il faut dire: