—Mon ami Pierre, tu voudras bien m'permettre une remarque que j'fais sans mauvaise intention. C'n'est pas pour te blesser que j'vais t'dire ça, mais y a longtemps qu'ça m'chicote, et j'voulais te l'dire plus vite, mais ça m'coûtait trop, de peur de t'faire d'la peine. Mais tu sais, j'sus ben patient, et je n'voulais pas briser nos relations amicales. Ton pain pèse pas l'poids.

—Vrai? Ben, ça m'étonne pas, parc'que tu sais ben que j'ai pas de balance.

—Comment fais tu ton compte pour pas t'tromper su' l'poids d'ta marchandise?

—C'est ben simple. J'ai planté un piquet et j'ai mis une barre en travers, comm'ça; j'ai pris ensuite des ficelles que j'ai attachées à deux espèces de soucoupes, comm'ça. Mon pain est supposé peser trois livres, ton paquet d'beurre, aussi. Quand je r'çois ton beurre, je l'mets dans une des soucoupes, et j'mets l'pain dans l'autre. Ça balance toujours. Tu vois qu'c'est ben simple.

FIN