Que te manque-t-il? Que désires-tu? Descends dans la barque. Kharôn t'appelle: tu l'empêches de partir.
LE PROBOULOS.
N'est-il pas cruel pour moi d'être traité ainsi? De par Zeus! je vais aller me montrer à mes collègues dans l'état où je suis.
LYSISTRATA.
Nous reproches-tu de ne t'avoir pas encore exposé? Dans trois jours tu recevras de nous, dès le matin, l'offrande affectée à la troisième journée.
LE CHOEUR DES VIEILLARDS.
Ce n'est pas le moment de dormir pour quiconque est homme libre. Allons! citoyens, attaquons cette besogne; il en émane comme une odeur d'affaires plus nombreuses et plus grandes: j'y flaire à plein nez la tyrannie de Hippias. Je crains surtout que certains Lakoniens, rassemblés ici chez Klisthénès, n'excitent perfidement ces femmes, ennemies des dieux, à s'emparer du trésor et du salaire dont je vivais. C'est chose terrible, en effet, qu'elles se mettent à faire la leçon aux citoyens, et que des femmes parlent de boucliers d'airain et de notre réconciliation avec les Lakoniens, auxquels on ne doit pas plus se fier qu'à la gueule du loup. Oui, citoyens, tout ce qu'elles ont tramé contre nous, tend à la tyrannie. Mais jamais elles ne me tyranniseront: je serai sur mes gardes; «je porterai toujours mon épée sous une branche de myrte»; et je me tiendrai en armes auprès d'Aristogitôn, et je ne bougerai pas de ses côtés: car il me prend envie de casser la mâchoire de cette vieille, ennemie des dieux.
LE CHOEUR DES FEMMES.
Non, quand tu rentreras dans ton logis, ta mère ne te reconnaîtra pas. Mais, ô vieilles chéries, posons d'abord ceci à terre. Nous commençons, citoyens ici rassemblés, une suite de conseils utiles à la ville; et c'est justice, parce qu'elle m'a élevée dans le luxe et la splendeur. Dès l'âge de sept ans, j'étais arrhéphore; à dix ans, je moulais l'orge pour la Déesse; puis, vêtue de la krokote, je fus ourse dans les Brauronia; devenue belle fille, je fus kanéphore et portai un collier de figues. Ne dois-je donc pas donner d'utiles conseils à la patrie? Quoique je sois femme, ne m'enviez pas le droit de proposer le meilleur remède aux affaires présentes. Et, de fait, je paie ma part de l'impôt, puisque j'apporte des hommes, tandis que ces maudits vieillards ne paient rien. Oui, après avoir dépensé les fonds publics gagnés dans la guerre médique, vous n'apportez rien en retour, et nous risquons, en outre, d'être ruinées par vous. Est-ce qu'il y a, pour vous, lieu de grogner? Si tu m'agaces, j'emploie ce lourd kothurne à te casser la mâchoire.
LE CHOEUR DES VIEILLARDS.