N'est-ce pas là le comble de l'insolence? Et il me semble que la chose ne fera que s'aggraver. Mais il faut y remédier: c'est le devoir de tout homme bien outillé. Et d'abord, dépouillons-nous de notre exomis, de manière que l'homme sente l'homme de près; il ne convient donc pas de se barder d'étoffe. Mais allons, braves aux pieds de loup, comme nous sommes allés au Lipsydrion, lors de notre jeunesse. Aujourd'hui, en ce moment même, il nous faut rajeunir, prendre des ailes, et secouer de tout notre corps cette vieillesse: car si quelqu'un de nous donne la moindre prise à ces femmes, elles ne manqueront pas de faire un vigoureux coup de main; elles construiront des navires; elles essaieront de combattre sur mer et de naviguer contre nous, comme Artémisia: si elles se tournent vers le maniement du cheval, j'efface des rôles les cavaliers; car la femme est un être très chevalin, fort sur la monture, et qui tient bon à la course. Vois les Amazones que Mikôn a peintes combattant contre des hommes. Oui, il faut leur ajuster à toutes un carcan bien troué, et leur y serrer le cou.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Par les deux Déesses! si tu m'échauffes, je lâche sur toi ma truie, et j'agirai aujourd'hui de manière que, bien frotté par moi, tu appelles tes concitoyens. Nous aussi, femmes, déshabillons-nous au plus vite, pour exhaler une odeur de femmes, irritées jusqu'à mordre. Qu'un de vous s'avance contre moi, et désormais il ne mangera plus ni ail, ni fèves noires. Tu n'as même qu'à dire un mot d'outrage, ma colère t'accouchera comme l'escarbot l'aigle pondeuse. Et, de fait, je ne me préoccuperai pas de vous tant que vivront près de moi Lampito et Ismènia, la jeune, chère et noble Thèbaine. Nul pouvoir ne prévaudra, fisses-tu sept décrets, misérable, haï de tout le monde et de tes voisins. Hier, célébrant une fête de Hékatè, je voulus faire venir du voisinage une amie de mes enfants, fille honnête et aimable, une anguille de Boeotia: on refusa de me l'envoyer à cause de tes décrets, et vous ne cesserez ces décrets que quand, vous prenant la jambe, on vous aura cassé le cou.

LE CHOEUR DES FEMMES, à Lysistrata.

O toi qui présides à notre glorieuse entreprise, pourquoi viens-tu vers moi avec cet air sombre?

LYSISTRATA.

C'est la conduite de ces méchantes femmes, c'est le caractère féminin qui me fait courir, découragée, de haut en bas.

LE CHOEUR DES FEMMES.

Que dis-tu? Que dis-tu?

LYSISTRATA.