Hauteur: 0.98.—Largeur: 0.65.—Figure grandeur naturelle.

(École française du xixe siècle, 6e salle).

ÉCOLE FRANÇAISE
(JEAN PERRÉAL?)
PORTRAIT D’HOMME

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Portrait d’Homme


L’HOMME est campé dans une attitude aisée, fière, qui révèle un soldat sous l’ajustement du courtisan. La tête énergique, aux traits accentués, encadrée de cheveux rudes, fait penser à ces gentilshommes batailleurs dont la France tout entière fut le champ clos à l’époque des guerres de religion. La douceur n’était pas leur vertu; ils n’avaient de respect que pour la force. Féroces dans le combat, impitoyables dans la victoire, ils commettaient au nom de Dieu les pires atrocités et donnaient carrière, sous le couvert de convictions religieuses, à leurs instincts de violence et de rapine, allant parfois jusqu’à se mettre en révolte ouverte contre l’autorité royale. L’inconnu de ce petit tableau dut être un de ceux-là: il y a de l’audace dans le regard, de la dureté dans les lignes du visage, de la sévérité dans les lèvres étroitement closes. Une large fraise tuyautée encadre la mâle figure du personnage. Le haut du corps est pris dans un pourpoint d’un blanc crémeux fermé sur la poitrine par un rang de boutons et qui se termine en pointe à la ceinture, selon la mode du temps. La main gauche serre la poignée de l’épée, tandis que la droite s’appuie sur la hanche. Le haut-de-chausses, raide comme un corselet d’acier, se compose de riches passementeries rouges appliquées sur un fond crème, semblable à celui du pourpoint. On ne voit qu’une partie des jambes, jambes nerveuses et souples d’un homme que n’ont pas énervé les plaisirs et l’oisiveté de la Cour.

Si nous ignorons l’identité du personnage, nous ne sommes pas mieux renseignés sur le peintre qui a exécuté ce beau portrait. L’art primitif français a connu cette disgrâce de n’avoir pas eu d’historiographe pour transmettre à la postérité les noms de cette pléiade d’artistes qui vécut à la cour des Valois, de François Ier à Henri IV. Plus heureux que nous, les Italiens eurent Vasari; les Flamands, Karel van Mander. Le peu que nous savons de nos vieux maîtres français, il a fallu le détacher, pièce à pièce, des chroniques du temps, des comptes de trésorerie de la cassette royale, ou des annales provinciales du royaume. C’est ainsi que quelques noms ont été révélés, comme ceux de Clouet, de Jean Foucquet, de Jean Malouel; pour bien d’autres artistes, les noms mêmes ne sont pas mentionnés et l’on est obligé, pour les désigner, de les appeler le Maître de Flémalle, le Maître de Moulins, le Maître de l’Œuvre, etc. Quant à l’attribution à chacun d’eux des œuvres dont ils sont les auteurs, on est également réduit aux conjectures et, faute de documents, il a fallu procéder jusqu’ici par analogie, par comparaison, par élimination. Mais, en somme, qu’importe? Il nous suffit de savoir qu’à l’époque où l’Italie se glorifiait d’une renaissance artistique, où les Flandres triomphaient avec des peintres comme les van Eyck, la France pouvait leur opposer des maîtres qui ne cédaient en rien à ceux-là comme métier et comme inspiration.