Il existe en France une assez nombreuse école de critiques pour qui le Primatice, et en général tous les Italiens appelés en France par François Ier, le Restaurateur des Lettres, marquent la première tentative d’art que les Français eussent connue. Pour ceux-là, Jehan Foucquet n’est qu’un Italien mal dégrossi et Jehan Clouet un élève médiocre de Barthélemy Guetty, dont on fait un Bartolomeo Ghetti pour la circonstance. D’autres, non moins nombreux, font dériver notre art national de l’école flamande, dont Jean van Eyck fut le génial ancêtre. A les entendre, toutes les œuvres de cette époque, arrivées jusqu’à nous, ne seraient que des œuvres de Flamands ou directement inspirées par eux.

Aux premiers, on peut opposer que la France possédait des artistes comme Étienne d’Auxerre à l’époque où le Primatice n’avait que 18 ans et que Clouet, plus âgé que le même Primatice et déjà célèbre, n’avait rien eu à lui demander pour la technique de son métier. Aux seconds, il serait encore plus facile de répondre que, loin que la France ait puisé son art aux sources flamandes, il y a beaucoup à parier que c’est la technique française, au contraire, qui s’est imposée aux artistes flamands. Ceux-ci, en effet, sont tous venus en France pour y exercer leur art, soit à Paris, soit à la cour des ducs de Bourgogne qui était une cour française où dominait le goût français, où vivaient des artistes français très connus de leur temps. Qui nous assure que les van Eyck, pour ne parler que d’eux, n’y ont pas acquis et tout au moins affiné le meilleur de leur génie? Au surplus, les œuvres de nos maîtres français, sont d’une simplicité dans la facture, d’une harmonie dans la composition, qui ne permet pas de les apparenter aux Flamands ou aux Italiens. C’est le cas pour le beau Portrait d’Homme que nous donnons ici.

Regrettons seulement ce travers de notre race, cette gentilhommerie à rebours qui nous fait sans cesse dédaigner nos gloires pour chanter celles du voisin.

Le Portrait d’Homme faisait partie de la collection Lauvageot et est entré avec elle au Louvre.


Hauteur: 0.35.—Largeur: 0.27.—Figure à mi-jambes: 0.20.

(Salle xi: salle du xvie siècle français).

MEISSONIER
(1815-1891)
1814

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