Et, continuant sa lecture, il déclame avec emphase ces deux vers:
Tout ainsi comme Icare, parcourant la lumière,
Dans un rayon brûlant vit fondre sa carrière...
—Voilà, lui dit Marmontel, un vers admirable! mais ces sortes de vers doivent être bien difficiles à trouver.—Cela est vrai, répondit le curé en pâlissant de joie et de vanité; mais aussi est-on bien content quand on a trouvé.
L'épître finie, le curé, avant de commencer la lecture de sa tragédie, pria la société de lui permettre d'exposer rapidement sa théorie du poème dramatique. Corneille l'a fait, ajouta-t-il: compatriote de Corneille, ne puis-je pas faire comme lui?—Sans aucun doute, monsieur l'abbé, s'écrièrent en chœur tous les convives.—Vils flatteurs, murmurait dans son coin le citoyen de Genève.—Ma théorie est bien simple, messieurs. Donnez-moi un sujet quelconque.
—Balthazar, dit une voix.
—Balthazar, soit! Eh bien! vous savez, messieurs, que, pendant le souper de ce roi impie, on vit une main écrire sur les murs les mots: Mané, Thécel, Pharès. Il s'agit donc de savoir si le roi soupera ou non; car, s'il ne soupe pas, la main n'écrira pas. Or je n'ai qu'à inventer deux acteurs. Le premier veut que le roi soupe, le second ne le veut pas, et cela alternativement. Si moi, poète tragique, je veux que le roi soupe, celui-là parlera le premier. Ainsi:
Ier acte: Le roi soupera;
2e acte: Il ne soupera pas;
3e acte: Il soupera;
4e acte: Il ne soupera pas;