[Illustration]

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MATUTINA

C'est bien, parbleu! une feuille morte qui, par ma fenêtre ouverte, est venue voler jusque sur le papier où ma plume allait courir. Elle est très jaune, très sèche et toute recroquevillée. J'y reconnais cependant, sous l'ondulation des brûlures solaires, sa forme en fer de flèche. C'est une feuille de lilas qu'un coup de vent matinal m'a apportée.

Qu'allais-je vous conter déjà? Une histoire d'amour, sans doute, ou quelque rêverie pleine d'un souvenir d'absente. J'allais peut-être vous dire les vers très simples que j'ai écrits pour que Capoul les chante sur une musique de Lacôme:

Je demande à l'oiseau qui passe
Sur les arbres, sans s'y poser,
Qu'il t'apporte, à travers l'espace,
La caresse de mon baiser.

Je demande à la brise pleine
De l'âme mourante des fleurs,
De prendre un peu de ton haleine
Pour en venir sécher mes pleurs.

Je demande au soleil de flamme,
Qui boit la sève et fait les vins,
Qu'il aspire toute mon âme,
Et la verse à tes pieds divins!

et qui sont presque traduits d'une de nos belles chansons toulousaines. Oui, je me sentais l'esprit alerte et disposé à d'aimables confidences.

Ah! maudite fenêtre! Pourquoi es-tu venue tout bouleverser dans mon cerveau?