Un souffle de vent dans les peupliers et c'est autour de nous un tourbillon d'or, d'or dispersé qui court sur le sol avec un bruit innombrable de chocs invisibles et joyeux.
Le beau manteau d'illusions qui couvrait les choses est déchiré; quelques lambeaux à peine sont demeurés suspendus au squelette froid des réalités. Les verdures se sont évanouies au front pensif des forêts qui ne sont plus qu'un brutal enchevêtrement de branches noires. Le frisson d'émeraude vivante qui courait aux bordures des chemins quand l'haleine du soir caressait les hautes herbes, s'en est allé vers l'horizon des rêves perdus. Ainsi quand la main des Destinées a secoué l'or au-dessus des têtes, l'or bruyant, l'or maudit que portait l'arbre du Mal et non pas la pomme biblique, ce fut pour l'âme humaine un effarement de toutes les noblesses de la pensée, l'oubli de l'idéal entrevu, l'hiver âpre qui n'a plus de fleurs, le cliquetis furieux dans la tempête après la chanson de l'amour dans les bois profonds et verts, au bord des sources sacrées!
Un souffle de vent dans les peupliers et c'est, autour de nous, un tourbillon d'or, d'or dispersé qui court sur le sol avec un bruit innombrable de chocs invisibles et joyeux.
Oui, ma chère âme, ce sont tous les baisers qui passent, les baisers figés aux lèvres de ceux qui ne savent pas aimer.
II
CHRYSANTHÈMES
Pour savoir a quel point je t'aime,
Effeuille, en rêvant, mon trésor,
Non la marguerite au coeur d'or,
Mais ce coeur blanc du chrysanthème.
Car plus serrés et plus nombreux,
Ses pétales, faisceau de glaives,
Diront mieux l'infini des rêves
Où se perd mon coeur amoureux.
«Un peu!—beaucoup!» mots sans pensée;
Et même: «passionnément»,
Un mot qui ne dit rien vraiment
Du mal dont mon âme est blessée.
C'est par mille et mille douleurs
Que mon être se multiplie
Et, languissant, vers toi se plie
Comme le chrysanthème en fleurs.